Aufsatz 
Charlotte Corday par Francois Ponsard : etude littéraire / par J. P. Magnin
Entstehung
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il est fächeux que Charlgtte, dans sa réplique au vieux gentilhomme, s'oublie un instant et au moment ou celui-ci lui conseille de passer la frontière et lui dit:

Venez, vous trouverez de hardis chevaliers,

Dont on a toujours vu flotter le blanc panache,

Au sentier de l'honneur, sous le drapeau sans tache, ¹) il est facheux disons-nous que Charlotte lui réponde:

De loyaux chevaliers contre la France armés! ²) car il y a plus qu'une sanglante ironie, il y a un manque complet des con- venances, puisqu'elle sait fort bien que ses deux frères sont, eux aussi, au nombre de ces chevaliers qu'elle traite de loyaux, pour ne pas dire félons. Cependant, toute déplacée que parait cette réplique, elle n'est qu'une tache bien légère sur un tableau dont le coloris lumineux et ferme ne sera dépassé que par la teinte plus mâle et plus sombre de la scène des triumvirs. Il semble que Paction, nouée maintenant, car l'héroine, retirée dans sa chambrette a mũri son projet, va marcher désormais sans entrave, il wen est rien cependant. La nouvelle rencontre avec les Girondins dans le palais de l'Intendance, le long téte-à-téte avec Barbaroux, la conversation demi-politique, demi-sentimentale qui le remplit, tout cela vient de nouveau ralentir la marche du drame et presque l'inter- rompre tout à fait. La scène du club en plein vent n'est qu'un remplissage d'une cou- leur aussi locale qu'on voudra, mais d'un goũt fort douteux. Ces enfants qui chantent et exécutent des rondes tandis que des émeutiers pérorent, c'est d'une vérité trop triviale, c'est un effet de contraste d'autant moins réussi qu'il est trop évidemment cherché, et que la recherche refroidit Pimpression. D'ailleurs, qu'est-ce, en définitive, que ces quel- ques individus qui rassemblés sous des arbres et grimpés sur des chaises, débitent les lieux communs de l'éloquence des faubourgs? Si le poëte a voulu nous donner une idée d'une émeute populaire il a échoué, car cette poignée d'hommes exaltés ne nous offre de T'émeute que le côté mesquin, ridicule, sans nous laisser soupgçonner cette face sinistre qw'illuminent de sanglantes lueurs. On a blämé, et avec raison, comme puéril l'a chat du couteau fait en présence des spectateurs. C'est un de ces petits moyens, que l'auteur de Lucrèce aurait laisser aux dramaturges de bas étage.

L'action qui jusque avait marché avec une monotone lenteur, devient tout à coup rapide et se précipite. Le souffle créateur que nous avions senti passer à de rares intervalles, éclate alors avec une puissance irrésistible. Nous sommes en présence de la révolution. Personnifiée par ces trois hommes, elle est, vivante, c'est bien elle, nous le sentons à cette mystérieuse terreur qui s'empare de tout notre étre. Nous suivons oppres- sés, haletants, ces déclamations furibondes à travers lesquelles il nous semble entendre les hurlements de la populace, les lointains et sourds tintements de la cloche d'alarme, les cris des victimes qu'on égorge, le grincement fatal du couteau.... L'aspect de ces trois hommes a suffi pour faire revivre tout un passé d'horribles souvenirs. Ce Robes- pierre, c'est bien l''homme aux allures rampantes et louches, à l'aspect sinistre; l'homme

¹) Acte II. scêne IV. ¹) ibid. 1