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sympathies pour le nouvel état des choses. Seulement, indigée des excèes de la Montagne, elle appelait de tous ses vœux le triomphe de la Gironde. Entièrement livrée à cette passion du civisme, toute sa puissance d'aimer s'était concentrée sur sa patrie, et ce besoin de dévouement qui fait le fond de toute nature de femme, cherchait de ce c0té sa satisfaction.
C'est donc une assez grande invraisemblance, cas fort rare chez M. Ponsard, pour Tordinaire si scrupuleux, que de nous présenter Charlotte murmurant une idylle, au déclin du jour, idylle charmante c'est vrai, mais peu d'accord avec le ton général de lœuvre:
Le soleil disparait dans sa couche embrasée!
L'azur du ciel a pris une teinte rosée;
Aprés les feux du jour, qui brülaient le faucheur,
Voici le crépuscule apportant la fraicheur. ¹) L'arrivée des Girondins fugitifs est une autre invraisemblance qui a le double inconvénient de retarder laction et de nous mieux faire sentir la dissonnance qui précède, car Char- lotte fait preuve de préoccupations politiques s'accordant assez mal avec les vers délicieux qu'elle murmurait tout à Theure. Certes Barbaroux, s'il l'avait entendue s'écrier:
L'herbe coupée exhale un parfum qui m'enivre ²) aurait sans doute admiré en connaisseur le charme poëétique de l'idée, Pharmonie de Pex- pression, mais il n'aurait guère soupçonné— à moins d'une perspicacité dont il aurait dü faire usage lors de sa rencontre avec Danton—
la jeune républicaine
Dont la voix douce parle une langue romaine. ³)
Nous disons que l'action est entravée car cette rencontre n'est qu'une nouvelle ex- position. La première avait abouti à l'apparition de Danton, laquelle, nous l'avons déjà remarqué, n'a, avec l'action proprement dite, qu'un lien trop peu étroit, celle-ci ramène sous nos yeux des hommes qui parlent beaucoup, déclament mieux encore, mais ne font rien qui nous achemine d'une manière sensible vers le dénoüment. Un autre défaut de cette scène c'est de nous présenter Charlotte, d'abord comme une sorte de philosophe réveur, puis, sans transition appréciable, d'en faire une espèce de tribun en ju- pon et en bonnet normand.*
Ce n'est, à proprement parler, qu'à la quatriéeme scène du 2. acte que J'action se dessine nettement, et que commence Lintérét dramatique. C'est un peu tard. Là nons trouvons encore une troisiéme exposition, mais celle-là est motivée. Charlotte nous intéresse, elle nous touche. Ce n'est plus, ni la réveuse ni l'enthousiaste de la scène précédente. Le civisme qui, en certaines occasions, peut n'être pas incompatible avec la nature féminine, a disparu pour faire place à cette tendresse profonde qui est l'ornement naturel de la femme. II rêgne dans cette scène une simplicité pleine de charme et de grandeur. Le dialogue, tantöt vif, tantöt enjous ou sérieux ne languit jamais; seulement
¹) Acte II. scêne II. ²) ibid. ³) Acte II. scéne III.


