Aufsatz 
Charlotte Corday par Francois Ponsard : etude littéraire / par J. P. Magnin
Entstehung
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des passions qui agitent les personnages du poëte: c'est ce sentiment intime par lequel nous nous identifions avec eux, qui fait que nos larmes coulent avec leurs larmes, que leurs joies deviennent nos joies, que les espérances qui font battre leurs cœurs ne laissent pas les nôtres insensibles, cet intérét-la, c'est l'intérét psychologique. Or, dans Lucrèce, aussi bien que dans Charlotte Corday, le premier intérét est nul car le dénoüment est connu: mais dans Lucrèce, lintérét psychologique se soutient jusqu'au dernier moment. On assiste avec une satisfaction profonde au dépeloppement de cette ame hérorque dont la grandeur nous émeut sans nous épouvanter. Dans Charlotte Corday, au contraire, cet intérét est morcelé: il nait et s'efface pour renaitre encore. Les scènes sont décousues, elles se suivent et ne sengendrent pas. En effet, le banquet chez M. Roland, qui est censé ser- vir d'exposition à la pièce, n'expose pas grand chose; la conversation politique à la- quelle nous assistons, si elle nous trace à grands traits la situation des divers partis qui se disputaient le pouvoir, ne nous laisse cependant pas assez entrevoir l'action qui fait le fond de la pièce et qui en est le véritable sujet; peut-étre M. Ponsard, par le personnage de Mme. Roland, a-t-il voulu nous faire pressentir la femme héroique, capable de sacrifier sa vie à ce qu'elle considère comme le bonheur de son peuple? C'est possible, mais ce moyen est par trop subtil. L'apparition de Danton, bien qu'elle puisse servir à expliquer en quelque manière la lutte qui va s'engager entre la Gironde et la Montagne ne se- relie pas non plus assez intimement à l'action, elle semble trop étre un prétexte à de beaux vers. Il est vrai que le caractère de Danton s'y dessine dèéjà avec ses lignes les plus accentuées; la fougue, le mépris des petits moyens, la générosité, et il faut tout dire, Pincapacité du remords; mais n'est-ce pas perdre un peu son temps que d'em- ployer tout un acte à ne tracer, que de profil, un des personnages que nous aurons plus tard Poccasion d'étudier à loisir? Vergniaud& Syéiès que nous rencontrons aussi autour de la table du ministre, ont, quant à leur importance historique, un rôle trop au-dessous de leur valeur. Vergniaud est pour déclamer et Syéiès pour introduire Danton. On au- rait pu demander au poëte qu'il tirät meilleur parti de ces deux grandes figures de LPépoque, ou tout au moins qu'il ne les affublàt pas de rôles de simples figurants. Dès le début du second acte nous trouvons bien l'héroine, mais l'action ne commence pas encore. Charlottè qui, à cet instant déjà, devait étre préoccupée de son sinistre projet, semble s'y préparer d'une façon singulierement champétre. S'il y a un grand charme à voir Cincinnatus à sa charrue, c'est que cet homme ne nous est pas inconnu, nous savons que cette main qui ouvre le sein de la terre a déjà manié le glaive, mais Charlotte, qu'a- t-elle fait jusqu'ici? Pauvre héritière d'un nom illustre, élevée par une vieille tante, elle a vécu de cette vie des champs ou la réverie a plus de place que l'action. Les lectures par lesquelles s'est développée sa vive intelligence n'ont pas émoussé l'exquise sensi- bilité de son cœur: elles ont donné à son esprit, à sa volonté, quelque chose de viril ou Pon reconnait à la fois Pinfluence des héros de Plutarque, des femmes de Corneille, des méditations de Montesquieu et des ardentes réveries de Rousseau. Charlotte avait 25 ans alors. Républicaine sincère, elle avait applaudi à la chute de la monarchie, et quoique ses freres servissent dans l'armée d'au delà du Rhin, elle ne cachait point ses 3