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fiant par des declamations, et alors il est au-dessous de l'histoire: ou bien à modifier ces documents, à les contredire méme, s'ill en a besoin, et dans ce cas, sans s'élever encore dans les régions de l'idéal, il se laisse aller au gré de sa fantaisie, aux dépens de la vérité. Il ne lui reste donc gueère d'autre alternative que de prendre bravement son parti de la position, d'y entrer de plein saut, quitte à froisser çà et là quelques idées en opposition avec la sienne, et s'il ne prétend pas imposer son opinion, qu'il ait au moins le courage de nous montrer qu'il en a une. C'est malheureusement ce que M. Ponsard n'a pas fait. Sentant mieux que tout autre peut-être, les difficultées de son sujet, il a hésité sur la marche à suivre et s'est contenté de la route la moins périlleuse, du moins à son avis: il s'est mis tout d'abord sous la protection directe de l'histoire et a déclaré que lui poëte, créateur, il minventerait rien, ne créerait rien, mais répéterait:
Je suis Pimpartiale Histoire, et je redis
Ce qu'ont dit avant moi ceux qui vivaient jadis.
S'il en est ainsi, pourquoi écrire un drame? Si le spectateur ne doit voir que ce qu'il a déjà vu, n'entendre que ce qu'il a entendu maintefois, n'apprendre que ce qu'il sait tout aussi bien que l'auteur; si en définitive on ne l'appelle que pour le faire juge de la fidélité d'un écho ou d'un miroir, cela vaut-il la peine d'invoquer la Muse et de passer avec l'art une sorte de compromis? Telle n'était pas, assurément, la pensée de M. Ponsard lorsqu'il a choisi son sujet. Séduit par la grandeur de l'héroine, ébloui par ces oppositions d'ombres épaisses et de lueurs éclatantes qui donnent à cette époque un caractère dramatique des plus prononcés; poussé par cet irrésistible courant qui au moment ou il écrivait, entrainait tout, hommes et choses sur le terrain brülant de la révo- lution, il a cru pouvoir, à la manière d'Eschyle, nous donner une de ces créations où le poëte nous enlève sur son aile puissante dans les sphères lumineuses de l'idéal. Son œuvre d'aujourd'hui est, à cet égard, au-dessous de ce qu'on était en droit d'attendre de celui qui sut écrire Lucrèce. Autant il y avait d'ampleur et d'harmonie dans ce drame antique, autant l'œuvre moderne est écourtée et froide, pleine de dissonnances et, il semble, d'hésitations. Dans Lucrèce, la pensée générätrice est puissante, et bien qu'à tout prendre, le récit de Tite-Live ne renfermàt pas la matière d'un drame complet, l'in- spiration du poëte a suffi pour l'animer d'une vie idéale qui manque à Charlotte Corday. Ce mest pas qu'ici, plus que dans sa première œuvre, M. Ponsard ait négligé ce qu'on est convenu d'appeler la côuleur locale: au contraire, on retrouve cette fidélité de teinte d'un bout à l'autre de la prièce; chaque personnage y parle le langage qu'il doit parler: chaque détail est bien de son époque, chaque épisode est bien dans le vrai, mais l'action, à peine sensible dans Lucrèce, est ici tellement effacée qu'à peine l'aperçoit-on. Or, dans une œuvre dramatique, dès P'instant qu'il faut chercher l'action pour la sentir, c'est que cette action fait défaut, en d'autres termes, c'est que le drame n'en est pas un. En général, l'intérét par lequel nous captive une création dramatique quelconque est double: c'est d'abord cet intérét, matériel pour ainsi dire, qui tient notre esprit en suspens jusqu'au moment ou la péripétie vient nous satisfaire, c'est la curiosité.— C'est ensuite cet intérét d'un ordre infiniment supérieur, avec lequel nous suivons le développement graduel


