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Au moment de dire à Danton adieu pour la dernière fois, elle l'exhorte à se laisser aller à ses nobles sentiments. Si les massacres de septembre ont imprimé à son nom et à sa gloire une tache indélébile, il doit accepter la conséquence de ses actes. Soumettons nous tous deux à notre peine.
Et sachons accepter, moi la mort, vous la haine.
Je ne puis, en retour de mon propre attentat
Que mourir, d'une mort inutile à l'Etat;
Vous, plus heureux que moi, pour expier les vôtres,
Vivez, Danton.— Vivez dans l'ntérét des autres.
Sauvez vos ennemis, quand même vous savez
Qu'ils vous ontrageront dès qu'ils seront sauvés.
La porte s'ouvre de nouveau, on emmene la prisonnière qui disparait escortée par des gendarmes.
Danton, plus touché de la mort de la jeune femme que convaincu par ses derniè- res paroles, la suit d'un mélancolique regard:
Elle aujourd'hui!— Demain les Girondins!— Puis moi! — Puis les autres! Telle est l'inévitable loi.
— C'est terrible et c'est grand! Soldat de son idée, Chacun meurt pour sa foi, par son sang fêcondée.
Mais l'œuvre est immortelle et les hommes nouveaux, Maudissant les acteurs, beniront les travaux.
— Allons! jusqu'à la mort continuons la guerre!
Nous sommes encore deux;— à nous deux, Robespierre!
III.
Monsieur Ponsard, en empruntant son sujet à l'histoire nationale contemporaine, n'a pas tenu compte de l'antique adage: major e longinquo reperentia, dont s'était préoccupé Racine lors de la composition de son Bajazet, et a abordé l'un des problèmes dramatiques les plus difficiles à résoudre au point de vue de Part. En effet„ quelque désintéressé que puisse étre le spectateur, à moins de supposer qu'il ne soit pas de son pays, il doit avoir et il a, sur l'événement dont s'empare le poëte, une opinion plus ou moins arrétée. Qu'il ait ou non approfondi les causes; que pour lui certains détails, certains faits secondaires prennent un importance majeure, ou méme n'en aient aucune, il a son idée, et le poëte court risque de heurter cette idée, de froisser cette opinion et ainsi d'étre accueilli, pour le moins, froidement. D'ailleurs, quel est le rõôle du poëte dans une œuvre comme celle- ci? La proximité des personnages que le temps m'a pas encore pu envelopper de cette teinte vaporeuse qui, voilant à l'œil ce que les contours ont de trop brusque, les tons de trop criard, laisse l'idéal se dégager de l'individuel; les détails précis, nombreux, connus de tous; le dénoũment auquel ont assisté nos pèéres, et que leurs récits nous ont rendu fa- milier, tout ne se réunit-il pas pour enlever au poëte lun de ses moyen d'action les plus puissants, linvention? II est réduit, ou à reproduire les documents officiels en les ampli-


