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son manque d'élévation, d'ampleur de vues; à Robespierre, ses tergiversations, ses hési- tations, sa lacheté; et puisque ni l'un ni l'autre ne veulent marcher jusqu'au bout, c'est lui, Marat, qui achèvera l'œuvre commencée.
Il veut, armé du soc, retourner les sillons.
Il veut que la misère écrase l'opulence
Que le pauvre à son tour ait le droit d'insolence,
Qu'on tremble devant ceux qui manqueront de pain...
La réponse de Danton à ce furieux dithyrambe est noble et ferme: .. La liberté ne veut pas de despotes. Chapeau bas, grands seigneurs! chapeau bas sans-culottes! Et saluez la loi, non les individus; Car ce n'est qu'à la loi que ces respects sont dus.
Marat. Tu m'y comprends rien. Danton. Non; je m'ai pas ce génie. Je veux tout simplement briser la tyrannie; Qu'elle vienne d'en haut, qu'elle vienne d'en bas, Elle est la tyrannie, et je ne l'aime pas.
La discussion s'aigrit: les reproches, les railleries, les sarcasmes, les menaces se croisent et se heurtent.— Marat dont la guillotine est l'idéal, demande la téête des Girondins emprisonnés, celle des généraux Biron& Custine; il exige'eætermination de la famille royale.— Danton s'y oppose ouvertement. Robespierre louvoie: il s'abstient de se prononcer. Pressé par Marat qui raille sa prudence il finit par déclarer qu'il n'est ni du parti des Verrès ni des Catilinas, mais que, jusqu'au moment ouù l'on n'aura plus à craindre des complots criminels, l'échafaud lui parait salulaire.
L'homme juste à regret, s'en fait une arme austére. C'est aux mains des vertus qu'il remet la terreur; Il punit sans faiblesse, et punit sans fureur.
La réplique de Danton est mordante: J'entends, une façon de tuer, pastorale!
(imitant le geste du couteau) Un bourreau vertueux, pratiquant la morale!
Robespierre riposte aussitôt:
Il est vrai que sepfembre y va d'autre façon. Et peut, quant aux bourreaux, nous faire le leçon.
Le trait a porté. Danton, piqué au vif par cette allusion aux massacres de septembre se retire. Marat et Robespierre demeurés seuls, et l'on pourrait dire, maitres du champ de bataille, tant cette délibération ressemble à un combat, n'échangent que quelques paroles. La perte de Danton est décidée—„Ou sa téfe ou la tienne“ dit Marat à Robespierre qui se retire. Marat sourit alors dédaigneusement, il se félicite de la lutte à mort qui va s'en- gager entre ses deux compétiteurs au pouvoir. Pour lui, il poursuivra sans broncher


