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et en proie à une fiévreuse agitation. Elle lit:„Seigneur, ce sera un monument glorieux de votre nom qu'il périsse par la main d'une femme“.— Des lors sa résolution est prise, la Bible a parlé, il mourra de sa main. Qui? Robespierre? Danton? Marat? Elle Tignore encore, mais l'un des trois sera sa victime.
Au troisième acte, nous la retrouvons à Caen. Dans une salle du palais de l'In- tendance, où tout a été préparé pour une séance des Girondins. Charlotte s'entretient avec Barbaroux et lui demande, sur les triumvirs, les renseignements dont elle a besoin. Lenthousiaste Marseillais parle d'abondance et lui trace avec une verve toute méridionale les portraits de Danton, de Robespierre& de Marat. Danton, c'est Phomme de la révolution; terrible et puissant dans les moments de crise, c'est un homme d'*Etat caché sous un tribun: s'il est cruel, il est généreux: sil frappe sans remords, il frappe sans inimitié, et pour tout dire,
De crime et de grandeur formidable assemblage,
La révolution l'a fait à son image. Robespierre, c'est la persévérance incarnée: froid, sec, haineux, d'une défiance qui tient de la lacheté, il poursuit son but avec une ténacité inflexible. L'œil fixé sur un certain idéal qu'l a cru entrevoir dans l'œuvre de Rousseau, il ne recule, pour Tatteindre, devant aucun obstacle.
Quant à Marat, c'est„un bandit qui dans le sang se vautre“
Qui tue avec bonheur, par instincts carnassiers! Tel on se peint le crime,— et tel on voit Marat.
Ce portrait, que Barbaroux compleète par d'effrayants détails, semble fasciner Charlotte; tout entiére à sa préoccupation, l'héroine presse de questions le Girondin, si bien que celui-ci commence à soupçonner autre chose qu'une vaine curiosité féminine. Charlotte détourne ses soupçons, et l'entretien prend une allure plus intime. Barbaroux, frappé de l'élévation du caractère de Charlotte aussi bien que de sa beauté, est tout près d'étre amoureux d'elle, ou pour parler plus exactement, il l'est déjaà, et il lui demande si„Son cœur, tout plein de sa fiére vertu, n'a jamais battu d'un sentiment plus doux.“
Dans l'infini des cieux ne poursuivez-vous pas
Quelque réêve étranger au destin des états? La réponse de Charlotte est franche: elle a révé l'amour, mais elle ne l'a pas connu.
Pour moi, dit-elle, mon pays seul a droit de m'enflammer
J'ai concentré sur lui ma puissance d' aimer,
Et dévouée à tous, je donne à ma patrie
Le lieu qu'aurait un seul dans mon idolätrie. Un roulement de tambour interrompt l'entretien qui avait de nouveau repris un caractère politique; arrivent alors les trois compagnons de Barbaroux: la Marseillaise se fait en- tendre au dehors, des troupes défilent sous le balcon aux cris de„Vivent les Girondins!“— Mais Charlotte, qui a dit adieu à Barbaroux s'est rendue auprès de sa tante, et nous la
trouvons agenouillée aux pieds de la vieille dame. Ce n'est plus Pardente enthousiaste 2


