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vieilles dames, un vieux gentilhomme et un vieil ami de la maison. La conversation roule sur les nouvelles du moment. II court des bruits sinistres: le pillage, l'assassinat sont à l'ordre du jour: Marat est tout puissant.— Le vieux gentilhomme qui arrive de Paris fait un sombre tableau de la capitale et conseille de fuir en Angleterre. Madame de Bretteville ne peut s'y résoudre„On n'apprend plus l'exil quand on touche à la tombe“ dit-elle mélancoliquement, mais elle craint pour Charlotte et quel que dur qu'il lui soit de se séparer de cette enfant, elle veut l'engager à passer en Angleterre, à Londres où elle a des amis. A propos de cette séparation, la vieille dame fait l'éloge de sa nièce. Cet éloge, pour étre très flatteur, n'en est pas moins exact, car chacun trouve encore quelque trait charmant pour le compléter. Une chose inquiète Madame de Bretteville, c'est que ... la sérénité de son regard limpide S'illumine parfois d'une flamme rapide;
Son air devient sévère, et dans tout son aspect. Quelque chose de digne inspire le respect.
Elle se plait, après qu'elle a rangé les fruits.
A lire dans la cour, sur les marches du puits;
Ce sont livres savants que peu de gens comprennent;
Elle y trouve des mots qui souvent me surprennent,
Et qui semblent tenir aux principes nouveaux
. Que la philosophie a mis dans les cerveaux.
Sur ces entrefaites, Charlotte arrive. Cette scene d'intérieur est charmante. Attentive au moindre signe de sa vieille tante qu'elle appelle sa mère, Charlotte lui prodigue ces petits soins tendres et délicats dont un cœur aimant a seul le secret. Cependant son em- pressement n'a rien d'exclusif, elle n'oublie aucun des hôtes habituels du vieux salon et trouve un mot obligeant pour chacun. Invitée à prendre part à une partie de boston) elle s'assied sans se faire prier.— Mais une rumeur sourde s'élève de la rue; on écoute: le bruit grandit et s'approche:„Ce sont des gens avinés“ remarque l'un des joueurs. Charlotte, mieux renseignée, à ce qu'il parait, sur la cause de ce tumulte, se lève brus- quement et s'écrie:
Ah!l ce n'est plus l'instant de jouer, à cette heure
Ou le crime triomphe et la liberté pleure!
Gest un bien autre jeu qui se joue aujourd'hui,
Quand nous voyons crouler notre dernier appui! Les quelques mots d'explication qu'elle ajoute effrayent les paisibles vieillards qui l'écou- tent en tremblant. Madame de Bretteville presse Charlotte de fuir: celle-ci refuse; un débat s'engage entre le vieux gentilhomme et l'héroine, et madame de Bretteville, pour mettre fin à cette discussion, congédie ses hötes. Charlotte demeure seule. Ses senti- ments, contenus jusque-là et surexcités par ce qui vient de se passer, éclatent avec véhémence. Un ceclair a jailli dans son cerveau:„Qui délivrera la France du scélérat qui l'ensanglante?“ Cette pensée la préoccupe toute la nuit, et le lendemain, les pre- mieères lueurs de l'aube la trouvent accoudée sur sa petite table, un livre devant elle,


