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— Bref. nous sommes vainqueurs, et libres désormais; Voulez-vous oublier septembre? Louvet. Non, jamais. Danton, furieux de voir ses offres repoussées, se retire en lançant aux Girondins in- dignés cette menace hautaine: Soit!
Vous avez voulu la guerre:— vous l'aurez. Dans l'acte suivant, nous ne sommes plus à Paris, mais en pleine campagne. Les der- niers rayons d'un beau soleil de juin empourprent l'occident. Dans l'air calme et tiède s'élèvent, avec les premières vapeurs du crépuscule, les odeurs pénétrantes des prairies. Faucheurs& faneuses sont encore à l'ouvrage. Assise sur un tertre de gazon, une jeune femme contemple cette scéne paisible: elle a un livre„sous le bras“.— Apréès quelques instants de muette réverie elle se lève, et s'adressant aux ouvriers:
CG'est assez. L'heure est trop avancée,
Faucheurs, m'aiguisez plus votre faux émoussée
Emportez vos räteaux, faneuses, et demain
Aux premières chaleurs mettez vous en chemin. Les faucheurs partis, la jeune femme se remet à réver. A sa beauté, à la noblesse et à Texaltation de ses sentiments, nous reconnaissons l'héroine de la piéce Mais elle n'est pas longtemps seule: à peine a-t-elle eu le temps de nous apprendre que le livre qu'elle a en main est un volume de Rousseau, son maitre ainsi qu'elle lavoue, que quatre hom- mes dont les véêtements poudreux trahissent une longue marche, paraissent sur la grande route. IIs s'approchent et demandent à Charlotte le chemin de Caen; celle-ci le leur indique, et pendant cette courte halte, nous reconnaissons quatre des convives de madame Roland, quatre Girondins: Barbaroux, Louvet, Pétion& Buzot.— Ce ne sont plus les brillants& fiers tribuns que nous avons vus refuser jadis la main que leur tendait Dan- ton. Une aunée s'est écoulée depuis cette entrevue: la lutte s'est engagée, terrible, im- placable; la Gironde est vaincue, et ses débris, dispersés sur le sol de la France, s'en vont cherchant un asile. Barbaroux, à la prière de Charlotte, lui raconte cette défaite dont il rejette tout l'odieux sur Marat. Charlotte s'émeut, son exaltation devient éloquente, un peu trop éloquente, peut-être, et les fugitifs étonnés, se demadent quelle est
cette jeune républicaine
Dont la voix douce parle une langue romaine? Charlotte rougit et leur avoue qu'elle est„une fille des champs, une humble villageoise, mais qu'elle hait les wrans& aime les Girondins“. Ceux-ci, charmés de la rencontre, se nomment, et Charlotte à qui ils ont confié leur projet de former à Caen un foyer anti-anarchiste, s'offre pour les guider à la ville prochaine dont on aperçoit les toits dans le lointain.
Tandis qu'ils s'éloignent, M. Ponsard nous transporte dans le salon de Madame de
Bretteville, la tante de l'héroine. Ce salon est sombre, triste, délabré; il porte l'empreinte d'une opulence passée; c'est pauvre et c'est grand. La société est peu bruyante: quelques


