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D'ailleurs, il ne faut pas rougir de votre histoire; Pour étre ensanglantée, elle n'est pas sans gloire. Fils de quatre-vingt-neuf, pourquoi vous outrager? Ne parlez pas de vous plus mal que l étranger. Je pleure d liberté! je pleure tes victimes; Mais les äges passés sont-ils donc purs de crimes? Vous permettez au drame, introduit chez les rois, De vous montrer Néron, Macbeth& Richard trois; Et pourtant leurs forfaits, illustrés par la Muse, D'un fanatisme ardent m'avaient pas eu l'excuse. Puis elle ajoute qu'elle va faire paraitre„des hommes bien connus“ des Montagnard des Girondins, même des aristocrates: Mais qu'en les écoutant la passion se taise! Je suis l'mparliale Hisloire, et je redis Ge qu'ont dit avant moi ceux qui vivaient jadis. Si je reproduis mal les discours et les actes, Blâmez; si j ai tracé des peintures exactes, Ne vous irritez pas de ma fidélitè. Gardez tous votre foi; la foi, c'est l'héroisme. Je ne conseille pas limpuissant scepticisme. 8 Mais le seul examen fait la solide foi; — Si vous osez juger, Français, regardez-moi. Usons donc, et largement, de la permission que nous donne la Muse au nom de M. Ponsard, regardons et... jugeons.
Au premier acte, nous sommes en septembre 1792; la Convention vient de décréter 'abolition de la royauté, la république est proclamée, et pour célébrer cette décision solennelle, un banquet est donné chez le citoyen Roland, ministre de l'intérieur. Les convives ne sont pas très nombreux, mais ils sont choisis. C'est Pétion, le maire de Paris, le„Vertueux Pétion“ un instant l'idole du peuple; cest Louvet, le ci-devant commis libraire,'auteur du roman de Faublas, alors dépufté du Loiret;'est Buzot, l'ex-député aux Etats-généraux, Pun des chefs de la Gironde, celui qui dénoncça Robespierre& Taccusa d'aspirer à la dictature; c'est Sieyès, l'abbé Sieyés, un des plus grands politiques de P'époque, celui qui répond au décret de l'assemblée constituante supprimant les indem- nités:„IIs veulent étre libres& ne savent pas étre justes;“ c'est Barbaroux, le chef des Marseillais, le plus beau des Girondins et l'un des plus éloquents; c'est Vergniaud, le grand orateur qui disait:„Je n'ai pas besoin d'art, il suffit de mon ame;“ c'est enfin la femme de l'amphitryon, Macdame Roland, qui par son ardent enthousiasme est devenue Pame des conseils de la Gironde.
On pourrait croire qu'en un pareil moment et avec de tels convives, la conversation est pleine d'entrain, toute débordaute d'espérance et d'ardeur républicaine; il n'en est rieu. Ces hommes si ardents à la lutte, si fermes dans le combat, semblent abattus par leur victoire. Madame Roland s'efforce de secouer cet engourdissement, et fait appel


