Aufsatz 
Charlotte Corday par Francois Ponsard : etude littéraire / par J. P. Magnin
Entstehung
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aucun scandale éclatät. Une demi-heure après, un ordre du préfet levait le veto pro- noncé par ie commissaire, et la représentation commençait. La soirée, bien qu'un peu agitée, ne fut signalée par aucun tumulte. Le jour suivant une troisième représentation eut lieu: elle ne fut pas plus orageuse que celle de la veille, et rien ne semblait plus devoir s'opposer au succès d'une pièce dont, nous l'avons déjà dit, tout L'intérêét résidait dans l'actualité. Mais dans la journée du lendemain, une bande apposée sur Taffiche annonçait que le drame qu'on s'apprétait à applaudir une quatrième fois, était interdit sans appel. Que s'ttait-il passé?... Plusieurs représentants, l'archevéque de Paris, le nonce du pape et le général Changarnier, avaient demandé, exigé méme, une inter- diction absolue, et le ministre avait céedé.

Cette pièce est peut-étre la seule qui ait provoqué de la part du gouvernement de la république une opposition nettement formulée. Les uns applaudirent à cette mesure qu'ils trouvèérent énergique mais n'cessaire; d'autres la blaméèrent comme violente et contraire aux principes qu'avait proclamés le nouveau pouvoir: d'autres encore s'abstenant de blame& d'éloge, crurent y voir les indices précurseurs d'une phase nouvelle dans laquelle allait entrer la politique francaise. L'événement justifia la prévision de ces derniers. Lannée suivante, le rétablissement de la censure dramatique était imminent. Les pièces proposées pour la représentation étaient soumises à certaines mesures ad- ministratives dont la portée était évidente. L'audition spéciale et préalable était rede- venue de rigueur.

II.

Au commencement de 1850, de hauts fonctionnaires, des représentant, des membres de l'académie, se pressaient un soir dans les salons du ministre de lintérieur, M. F. Barrot. Lassemblée était nombreuse et brillante: il s'agissait d'assister à la lecture d'une pièce nouvelle proposée pour une des salles les plus populaires et dont le titre. joint au talent de P'auteur, était de nature à exciter quelques appréhensions. Ce drame s appelait Charlotte Corday, l'auteur était M. Ponsard. On avait craint que P'évocation des grandes figures révolutionnaires ne réveillat les passions qui commencaient à s'assoupir. Le résultat de cette audition fut favorable à la pièce! le drame de M. Ponsard fut considéré comme une œuyre d'artprocédant par de larges développements peu propresà passionner une salle, et la représentation en fut autorisée. Nons verrons plus

tard comment l'œuvre de M. Ponsard, bien que tirée en entier d'une époque dont les,

souvenirs sont présents à toutes les mémoires, et qui par ce fait était de nature à soulever des orages, put étre donnée sans danger.

Le poëte, par mesure de sreté sans doute et afin que personne ne se méprit sur ses intentions, fait précéder son uvre d'un prologue de 84 vers. La muse Clio harangue très élégamment les spectateurs, et les prie de vouloir bien permettre qu'on représente devant eux une page de leur passé.