Aufsatz 
Charlotte Corday par Francois Ponsard : etude littéraire / par J. P. Magnin
Entstehung
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lution de 48 présente donc un caractère remarquablement négatifk. La révolution de 89 avait fait surgir de tous les rangs de la société des physionomies, des individualités aussi puissantes que fortement caractérisées: un nouveau courant d'idées avait trouvé pour interprètes des hommes chez lesquels la violence de la passion touchait parfois au sublime. L'empire, la restauration, la révolution de 1830, toutes ces phases de l'histoire de la France moderne marquèrent dans sa littérature par de nouvelles créations, et sil est vrai que ces créations, en taut qu'œuvres d'art, n'atteignirent pas un égal degré d'élévation, on ne peut leur refuser une originalité propre, un caractére spécial, et à bon nombre d'entre elles, une singulière grandeur. En 48, l'art a-t-il manqué aux éerivains, ou les écrivains ont-ils manqué à l'art?... ce n'est pas ici le lieu d'examiner cette question, il suffit de constater qu'en définitive aucune œuvre d'art vraiment digne de ce nom ne relève directement de la révolution de février. ¹)

En France, pour Tordinaire, le théätre est le miroir se reflète, tantôt flattée et embellie, tantõt enlaidie et grimaçante, limage de la société contemporaine; de sorte, qu'à 'étudier de près, et en faisant la part des exagérations provenant soit de Pindivi- dualité de lauteur, soit des exigences de la scéne, ou peut suivre pas à pas la marche des événements. En 1848, ce caractère distinctif se retrouve aussi frappant qu'à toute autre époque; les actualités politiques et sociales abondent. C'est d'abordles Filles de la Liberté ²) piéce dans laquelle les auteurs mettent en accusation le gouvernement de 1830, et lui demandent compte des promesses qu'il avait faites à la France; puis une pantomime outrageante, espèce de pamphlet aussi läche d'intention que dénué de portée, intituléePierrot Ministre, par un pair de France sans ouvrage. Dans cette œuvre saus nom, indigne d'une plume française, les principaux personnages s'appellent Robert Macaire, Pierrot& Arlequin. Robert Macaire, c'est Louis Philippe; Pierrot, M. Guizot, et Arlequin représente le peuple! Vient ensuitele Roi attend, imitation de liImpromptu de Versailles, par G. Sand. La célèbre romancière, entrainée par son imagination, avait eru devoir faire entendre sa voix et apporter son tribut au nouveau souverain, lequel, soit dit en passant, commençait à se lasser de son omnipotence. Au théâtre du Gymnase,les Volcaniennes de Saint-Malo raillent l'attitude passive du pouvoir exécutif siégeant au Luxembourg, et parodient le club féminin, légion de femmes émancipées dont madame Niboyet présidait les orageuses et burlesques séances, tandis que le public du Palais- Royal applaudissaitle Club Champenois, autre à propos de méme nature, plein de verve, de saillies mordantes et de comique de bon aloi.

Parmi ces pièces écrites en vue du moment et dont le nombre est considérable, il en est qui attaquent le gouvernement tombé, d'autres qui sen prennent au pouvoir du

¹) Le refrain du fameux chant des Girondins qu'on a appelé un peu emphatiquement la Marseil- laise de 48 n'est pas tout à fait aussi moderne quil en a l'"air; il date de 1792; c'est le refrain du Roland à Roncevaux de Rouget de Lisle, l'auteur du Chant de l'armée du Rhin, autrement dit la Marseillaise.

²) Par M. M. Clairville& Jules Cordier(Eléonore de Vaulabelle); Gymnase, 4. mars 1848.