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Cette place est un endroit bien intéressant, et je l'habitai avec plaisir. Autrefois elle s'appelait Place royale, nom qu'elle reprit dans les différentes époques où l'opinion se montra favorable aux traditions du passé. Elle a joué un grand rôle dans l'histoire de France. Sous Louis XIII et Louis XIV, elle était foft à la mode et le rendez-vous du monde élégant. Les arcades, plusieurs hôtels intéressants de familles nobles nous rappellent encore son importance d'autrefois. Jai habité moi-méême dans l'ancien hôtel de la famille d'Estrades. Un membre de cette famille fut l'un des seconds dans le fameux duel de 1643 entre le duc de Guise et le petit-fils de l'amiral Coligny, où ce dernier tomba mortellement blessé.
Tout près de l'Hôtel d'Estrades au No 6, dans l'ancien hôtel du maréchal de Lavardin, où Victor Hugo demeura de 1833 à 1848, se trouve le musée du poète, et, à côté, au No l est née Mme de Sévigné.
Ma maitresse de pension, Mme M., personnifie en quelque sorte l'histoire des derniers siècles. Elle a presque 70 ans. Avant de se marier, elle s'appelait de Boulogne. Elle est donc issue d'une de ces familles, qui occupaient le premier rang avant la révolution, mais auxquelles l'ouragan qui a fouetté le pays, a tout enlevé. Elle a vu se dérouler devant ses yeux les événements de 1870. Pendant le siège, elle était enfermée dans Paris. Et ces soirées d'hiver que j'ai passées à l'étranger, loin de ma famille, m'ont paru moins longues en écoutant Mme M. faire le récit de ce qu'elle a vu à cette époque orageuse.
Le premier mois de mon séjour à Paris, je consacrai la plus grande partie de mon temps à l'étude de la ville et de ses édifices. En mèême temps, je suivis chaque jour au moins une conférence. Les cours publics de la SORBONNE et du COLLEGE DE FRANCE v'ayant pas encore commencè, j'assistai à ceux de INSTITUT CATHOLIOUE. En outre, je fréquentai quelques conférences de l'ECOLE PRATIOUE DES HAUTES ETUDES DE LA SORBONNE et de l'ASSOCIATION PHILOTECHNIOUE.
Au mois de décembre, les portes de la SORBONNE et du COLLEOGE DE FRANCE s'ouvrirent pour le public, et je profitai de l'occasion pour entendre les meilleurs professeurs de France. Grace à l'amabilité de l'Ambassade d'Allemagne, j'eus la permission de voir le Sénat et la Chambre et d'assister aux cours de quelques lycées. Jai pu entendre les leçons de plusieurs professeurs du lycée St. Louis et Charlemagne. Quoique leur méthode soit, sous beaucoup de rapports, différente de la nôtre, et, bien que leurs notions au sujet de la discipline ne soient peut-éêtre pas les méèmes que chez nous, on sent que dans les écoles de France on travaille aussi avec beaucoup d'ardeur. Les installations de physique à St. Louis et les bàâti- ments de Janson-de-Sailly que j'ai vus aussi, sont de premier ordre.


