paratt presque point en scène. Les vrais amants de ces deux filles, et qui finissent par les é6pouser, ce sont Valère, fils d'Anselme, et Liconide, neveu de Mégadore. Le dénoũment des deux piéces, qui est du reste le faible de celle de Molière, est préparé et amené par le vol et par la restitution du trésor. Les mères des deux amants sont des personnages très-secon- daires, dont l'une ne parait pas mèême sur la scène. Dans la Flèche, qui trouve et vole la cassette de Harpagon, on reconnait aisément Strobile, esclave de Liconide. Les autres per- sonnes des deux pièces se correspondent d'une maniéère moins précise. Outre une fille, Har- pagon a un fils, et Anselme une fllle, ce qui fournit une quantité de complications qui suffi- raient à elles seules pour en faire une comédie à part— Harpagon, rival ouvert de son fls, Anselme à son insu celui du sien— Harpagon, infàme usurier, qui veut s'enrichir aux dépens de son propre fils; en voilà assez pour remplir toute une pièce.
Le fond des deux comédies est done le même; leur développement ultérieur doit ètre néces- sairement différent, aussi différent que l'ordre des choses du pParis du dix septiéme siècle et celui des villes d'Athènes et de Rome vers l'an 200 avant Jésus-Christ l'exigent, aussi différent que l'addition de deux personnes principales le demande. Toutefois il se trouve un grand nombre de traits dans les deux pièces qui sont de la plus grande ressemblance. Comme Euclion met son esclave Staphile hors du logis, Harpagon chasse la Flèche, valet de son fils. L'un et l'autre leur en demandent la raison et reçoivent presque la mème réponse: tibi egon rationem reddam, stimulorum seges(I. 1.); et: C'est bien à toi, pendard, à me demander des raisons (J. 3). Et pour donner de la vigueur à leur paroles, l'un et l'autte avare menacent leur domestique de coups de bàâton, en leur défendant en mèême temps de murmurer entre les dents. Si Euclion appelle son esclave circumspectatrix cum oculis emissiciis(1. 1. 6.), Harpagon exprime cela presque de la mèême manière, en grondant le valet de son fils: Traitre, dont les yeux maudits assiégent toutes mes actions et furètent de tous côtés, pour voir s'il n'y a rien à voler(I. 3). Du reste, cette troisiéme scène de l'Avare est tirée presque mot à mot de l'Aululaire IV. 4., comme nous verrons plus bas.— Les deux avares disparaissent plusieurs fois de la scene pour faire l'inspection l'un de son pot, l'autre de sa cassette; Euclion avant d'aller à la distribution des aumônes(I. 1. 25.); et puis, lorsque Mégadore est venu lui de- mander sa fille en mariage(II. 2. 26). Bientôt aprèes, dans la meme scene, il se jette brus- quement dans sa maison, parce qu'il a entendu un bruit, causeé par des instruments de fer, ce qui lui fait croire que des voleurs sont en train de déterrer son trésor(II. 2. 66). Harpagon aussi sort brusquement, parce qu'il entend un chien aboyer(I. 7). Nyest-ce point qu'on en voudrait à son argent? Une autre fois il sort, en disant: II est à propos que je fasse un petit tour à mon argent(II. 4). Du reste, il n'est que trop naturel qu'un avare qui a un trésor enfoui aille de temps en temps voir, si on ne le lui a pas volé.— Euclion déplore sa pauvreté(I 2. 10., II. 2. 13. et III. 6. 6.). Harpagon de meme(I. 5). Son fils lui dit: „Mon Dieu! mon peère, vous n'avez pas lieu de vous plaindre, et l'on sait que vous avez assez de bien.“ Harpagon répond: Comment! j'ai assez de bien? Ceux qui le disent en ont menti. Il n'y a rien de plus faux, et ce sont des coquins qui font courir tous ces bruits— là, cela est étrange, que mes propres enfants me trahissent, et deviennent mes ennemis.“ Molieère, en écrivant cela n'aurait-il pas eu en vue le passage de l'Aululaire III. 6.— 7.


