Aufsatz 
L'Avare de Molière et l'Aululaire de Plaute / H. König
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Un autre reproche qu'on a fait à Molidre sur son Avare ne me semble pas plus fondé. On a trouvé le fils de Harpagon plus coupable que le père. On est mèême allé jusqu'à quali- fier toute la pièce d'immorale. Mais le fils prodigue n'est que le revers du père avare. Comme nous, les Français ont un proverbe qui dit: A père avare flls prodigue. Ce n'est pas un fls modèle que Molière veut nous présenter dans Cléante; c'est pourquoi on a tort de blèmer le poète pour avoir dépeint le fils comme il l'a fait. Cléante, il est vrai, donne à son père qui le maudit la réponse impertinente: Je n'ai que faire de vos dons! Mais Molière ne se moque pas de l'autorité paternelle, il veut plutôt peindre le monde tel qu'il est. Dans l'effronterie du fils il ne veut montrer que les effets démoralisateurs, que les ravages que l'avarice du père a produits dans la famille. Ces ravages, Horace le décrit bien dans sa première satire:

Non uxor salvum te vult, non filius: omnes Vicini oderunt, noti, pueri, atque puellae.. Miraris, quum tu argento post omnia ponas,

Si nemo praestet, quem non merearis, amorem.

Sous ce rapport Elise ne serait guère moins coupable que Cléante, parce qu'elle manque de respect à son père, et qu'elle lui déclare tout nettement qu'elle ne lui obéira pas en épou- sant l'homme qu'il lui destine.

Ce qu'on a blané avec plus de raison, c'est que B5lolière a fait de son avare un homme qui exerce l'usure. Après tout, il n'y a rien de commun entre l'avarice et l'usure, ou pour mieux dire, il n'existe pas de rapport nécessaire entre ces deux passions, l'une semble mème exclure l'autre. Car l'avare prend plus de plaisir à regarder et à compter la masse morte qu'il tient renfermée dans son coffre, qu'à calculer les intérèts que son capital lui rapportera. Ce n'est pas une chose dont il pourrait dire: Je possède cela; c'est un bénéfice probable, mais qui est exposé à toutes sortes de risques; ei l'avare ne risque point son argent. Si d'un côté nous devons à cette combinaison des deux passions quelques scènes fort divertissantes, il faut avouer de l'autre côté qu'il y a dedans une contradiction manifeste. Un homme de finance du dix-septième siècle, un usurier aussi consommé que Harpagon se montre dans l'affaire avec son fils, saurait faire un meilleur usage de son argent que de l'enfouir dans son jardin. Outre cela, il semble que Molière ait quelquefois passé les limites que les règles de l'art auraient lui pres crire. La manière, par excemple, dont maitre Jacques se conduit envers son maitre, qu'il mystifie et raille grossièrement, la manière dont Frosine détaille la fortune de Mariane, la manière dont elle lui dépeint l'engouement que la jeune fille a pour les vieillards, et son aver- sion pour les jeunes gens, ce n'est plus de la comédie, c'est de la farce.

Quant aux noms que Molière a donnés aux personnages de sa pieèce, ils n'offrent que peu de remarquable, de nfeme que ceux de la comédie de Plaute. Ce serait une erreur grave de croire que Molière ait choisi les noms des personnes de ses comédies d'une manière plus ou moins arbitraire; à cet égard il suit plutèt un système fixe. Ceux des principaux personnages de ses pièces en général sont presque tous tirés du grec ou du latin, probablement pour ne pas se brouiller avec trop de gens. On sait qu'un grand nombre de ses piéces sont satiriques, et il n'est pas trop difficile de reconnaitre quelles sont les personnes qu'il a voulu dépeindre. Il avait de puissants protecteurs, mais aussi des adversaires redoutables, et cela ne doit pas

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