8
de sa fille. Euclion est convaincu que le jeune homme est le voleur du trésor, et que celui-ci est venu le prier instamment de lui en faire cadeau. Enfin l'affaire s'éclaircit, et la tempète se calme par la restitution du trésor, par le mariage de Liconide aveec Phédrie. Euclion, de- venu sage et faisant réflexion que son trésor, auquel il a prodigué tant de soin et tant de tendresse, ne fait que le tourmenter, en fait présent à Liconide et le donne pour dot de sa fille.
Vers la fin la pièce ne semble pas être complète. II y a des lacunes apparentes qu'on a cherché à remplir de plusieurs manières différentes. Le cinquième acte n'est que de trois vers, qui nous informent de la conversion de l'avare, et qui nous apprennent qu' Euclion donne son trésor à sa fllle pour dot. Du moins semble-t-il que ce soit le sens des paroles de Liconide:
Qui mihi olera cruda ponunt, etiam alec duint.
pour un avare tel que Plaute l'a dépeint cela parait trop généreux, et il n'est guère pro- bable que le poète latin ait fait finir sa comédie de la sorte.
C'est là le beau tableau de ce déplorable avare qui, n'ayant jamais assez de ce qu'il a de trop, consume péniblement ses jours à amasser de quoi exercer une dureté barbare sur sa personne et sur ses semblables. On ne saurait nier que Plaute n'ait mis la basse passion de l'avarice dans tout son jour, et il faut avouer qu'aucun auteur ne l'a surpassé dans ce genre. C'est un véritable chef-d'oeuvre, une imitation presque inimitable, et il est beaucoup à regretter qu'on n'ait plus la comédie du Grec Ménandre, dans laquelle notre comique a puisé. L'Avare de Molière est une belle pièce, mais cette copie a-t-elle toute la finesse, toutes les grces de l'original?
Le défaut fondamental de la comédie de Molière, dit un de nos critiques très-finement, Gest d'avoir voulu donner un concert à plein orchestre sur une corde aussi monotone que la passion de l'avarice, mais on ne saurait donner un concert sur une timbale. Molière, excellent observateur et critique inexorable des passions humaines, a bien saisi toutes les extravagances oü l'avarice mène son esclave. Mais ens réunissant tous ces traits dans un seul personnage, il a créé un caractère qui n'a rien de vrai ni de vraisemblable. On sait que le poète francais, en composant son Avare, a eu en vue une personne contemporaine, connue de tout Paris, sur la lésinerie de laquelle on se racontait des choses presque incroyables. En transmettant les motifs de Plaute à ce personnage, Harpagon, Molière n'a pas toujours fait un heureux choix. C'est pourquoi l'impression totale de cette pièce, si belle et si parfaite dans les détails, n'est pas celle que nous éprouvons de la plupart de ses comédies régulières. Harpagon n'est pas tant avare qu'une personne dans laquelle le poète a réuni toutes les modalités de l'avidité. Toutefois il restera le type éternel de Pavarice, et un exemple effrayant des vices qu'elle traine à sa suite.—
Les critiques ont trouvé beaucoup à redire à la comédie de l'Avare, et quelquefois sans doute à grand tort. Le reproche qu'on a parfois fait a Molière d'avoir donné à Harpagon une coche, des chevaux, un cocher, un intendant, de lui faire faire des dépenses qui ne paraissent pas compatibles avec le caractère d'un avare, ce reproche ne me semble pas solide. On oublie que Harpagon est seigneur, qui est obligé, certainement à son grand regret, de faire certains sacrifices aux préjugés de son état, et, il faut Pavouer, il s'acquitte de cette obligation d'une manière qui ne ferait pas honte à l'avare le plus endurci. Le cocher qui fait en mème temps fonction de cuisinier marque suffisamm ent la lésine de son maitre.


