5 qu'il a de l'argent chez lui, parce qu'il n'est pas vraisemblable qu'un homme pauvre refuse une somme d'argent, quelque petite qu'elle soit. Il suppose mèême que les gens savent déjaà le secret de son pot. II croit s'ètre aperqu que depuis sa découverte on lui fait de profondes révérences, au lieu qu'auparavant on le regardait à peine. On vient à lui, on l'arrète dans la rue, pour lui tendre la main. On lui demande des nouvelles de sa santé, on s'enquiert, si ses affaires
vont bien. C'est pourquoi il a de bonnes raisons de hàâter ses pas, et de ne pas perdre un instant dans sa route.
Dans le deuxième acte, Eunomie, soeur de Mégadore, a tiré son frère de la maison, pour lui parler en secret. II s'agit de mariage. Elle a pour lui en vue un ülle très-riche qui est entre deux âges, et pour cela justement son affaire. Mégadore la remercie de sa bonne volonté et la dispense de la peine qu'elle veut bien prendre de lui. Gràce a son pere, il se trouve assez à son aise et n'a que faire d'une femme riche. II méprise cette grosse opulence, ces grands airs, ces grands revenus, ces acclamations, ces commandements, ces voitures d'ivoire, ces robes de pourpre; tout cela ne fait que jeter les hommes dans un esclavage ruineux, et cause infiniment de dépenses. C'est au contraire sur la fille de son pauvre voisin Euclion qu'il a jeté ses yeux; c'est elle qu'il se destine pour épouse, et il prie sa soeur de ne point lui faire de remontrances, à cause qu'elle est sans dot, il n'en épousera jamais d'autre.— Sur ces entrefaites, Euclion revient à grands pas et en mauvaise humeur, il a eu l'aller pour le venir, les gens qui devaient distribuer de l'argent n'ont pas paru. II a précipité son reiour, car il a laissé son âme au logis. Mégadore l'aborde et s'informe de sa santé. Cette civilité lui est suspecte. Sa vieille esclave l'aurait-elle instruit sur la présence du pot? Euclion se met à lui dépeindre sa misère; il a une grande fille à marier, et il n'a point de dot à lui donner, personne ne la demandera en mariage. Mégadore, pour le rassurer sur ce point, s'offre à l'aider de sa bourse. La défiance est mére de süret«, et Euclion ne prend des le change. Dans son idée, son voisin doit avoir des vues intéressées; et lorsque celui-ci commence à lui parler d'une affaire qui les touche tous les deux de fort près, notre avare se jette dans sa maison comme un insensé, convaincu que l'autre a découvert le trésor et qu'il va lui en proposer le partage:
heu misero mihi.
aurum mihi intus harpagatumst; nunc hic eam rem volt, scio, mecum adire ad pactionem. uerum interuisam domum.
II le plante là, sans que celui-ci sache quelle mouche l'a piqué. L'autre revient. Méga- dore le prie de lui aeccorder sa fille en mariage. II s'en faut beaucoup que le peére soit satis- fait d'une telle proposition. Après s'étre débattu longtemps contre une telle alliance qui, à son avis, n'aura que des inconvenients pour l'un et pour l'autre dans sa suite, il finit par la lui accorder, mais à quelques conditions: c'est qu'il la prenne sans dot, qu'il s'engage à ne lui jamais rien demander, à ne jamais plaider contre lui. II lui fait remarquer à plusieurs repri- ses que sa fille ne sera dotée de quoi que se soit, et il l'avertit de ne point croire qu'il ait trouvé des trésors. Le désir de Mégadore de faire la noce le soir mème lui est une autre preuve que celui-la a appris de manière ou d'autre qu'il a un trésor chez lui, qu'il en est avide et que c'est ce qui lui fait pousser le mariage avec tant d'obstination et de vitesse.
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