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cher à la Diogène avec la lanterne pour trouver le ⸗caractère principal» d'une co- médie; car, si celui-ci ne se présente pas au premier coup d'oeil, c'en est fait de la comédie de caractère-.— Le sujet de la comédie des erreurs= n'est pas puisé dans cette variété du coeur humain⸗, mais dans les péripéties du hasard; Shakespeare s'est tenu dans le même genre de comédie que Plaute. Les changements que le poète moderne a faits, laissent intacte l'idée fondamentale de l'ouvrage, et les jumeaux doublés ne font que doubler le nombre des méprises et, augmenter par là l'invrai- semblance. Le jeu du hasard devient plus varié, mais les personnes de la pièce sont, tellement poussées au désespoir, qu'à la fin personne ne croit plus l'autre et chacun doit prendre son interlocuteur pour fou. Si l'art du dramatiste consiste dans l'art de pouvoir bien embrouiller les personnes pour les déméler ensuite, dans ce cas Sha- kespeare l'a bien certainement emporté sur Plaute; mais alors nous arriverions à la conclusion que celui qui mélangerait le mieux les personnes, comme p. e. un habile escamoteur de cartes, serait le meilleur poèëte comique; et ce commentateur, dont nous parlions plus haut(page 20), aurait parfaitement raison en disant: ⸗je m'é- tonne que Shakespeare n'ait pas ajouté encore deux jumelles(Adriane et Luciane); le poète qui s'est si bien tiré d'affaire avec quatre jumeaux, n'aurait pas été embar- rassé de s'arranger avec six- 9³).— IIl ne faut pas oublier que dans la ⸗comédie des erreurs-= il y a une gradation très-bien soutenue dans l'action, qui se fait sentir jus- qu'au bout, mais, quant à la hauteur dans laquelle se tient cette pièce concernant le genre de comédie en général, nous ne trouvons pas que Shakespeare se soit élevé sur Plaute. La reproduction du poète anglais marque une supériorité sans doute, mais ce m'est pas la supériorité de la comédie de caractère sur celle de fantaisie, diffèé- rence qui reposerait sur le rang et l'essence de la comédie; c'est plutòt une supé- riorité dans le détail de l'exécution. Shakespeare s'est tenu dans la même sphère: les actions des personnages ne sont pas l'émanation de leur caractère, mais les person- nes de la comédie parlent et agissent pour avancer le développement de la complica- tion, pour amener le dénoùment et— last but not leaste— pour divertir les spec- tateurs. Done, l'auteur ne s'est pas élevé à la comédie de caractère, il s'est tenu à un degré plus bas, à la comédie de fantaisie ou d'intrigue.
Quel serait après tout le rèsultat de notre étude? Que Molière est, supérieur à Shakespeare? Dieu nous garde d'une conclusion de cette portée; notre tàche n'était point d'examiner en général qui est le plus grand de ces deux génies; ce serait un
02) La manière dont Schlegel juge du mérite de Shakespeare comme podète comique n'est pas bien différente de celle-la; cf.„Vorlesungen“ etc. II, 2, 75.— De l'autre côté il faut com- parer ce que dit Washinglon Irving à cet égard:„il n'y a pas une faute dans Shakespeare que la soi-disant impartialité des critiques, surtout des Allemands, n'ait exaltée comme beauté.“— Voir Herrig, Archiv tom. XVII, p. 402.


