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Est-ce le fracas de la grèêle qui les excite? on peut le conjecturer à la violence de cet orage. Oedipe. Prince, ton arrivée comble mes voeux, c'est un Dieu qui a conduit ici tes pas. Thésée. Fils de Laius, qu'est-il donc encore arrivé? Oedipe. Je touche au terme de ma vie, et je veux en mourant ne pas manquer aux pro- messes que je t'ai faites, ainsi qu'à cette ville.* Thésée. Qui te fait augurer l'approche de ta mort? Oedipe. Les Dieux eux-méêmes me l'annoncent; les signes qu'il m'en donnent ne sont pas trompeurs. Thésée. Et quels sont les signes que tu reconnais? Oedipe. Ces foudres redoublées, et ces traits étincelants partis d'une main invisible. Thésée. Je te crois; car je reconnais que tes nombreuses prédictions s'accomplissent. Que faut-il faire alors? Oedipe. 1 Je vais te l'apprendre, fils d'Egée, ce qui doit assurer pour toujours ton bonheur et celui d'Athènes! Je te conduirai tout à l'heure, moi-même et sans guide, à l'endroit ouù il faut que je meure, mais ne révéèle jamais à personne le lieu qui cache mon tom- beau; car sa protection te donnera plus de forces que de nombreux soldats, que des alliés en armes, mais ce secret que mes paroles ne révèlent pas, tu le connaitras par toi-mème, quand tu m'auras seul accompagné. Je ne le livrerai à aucun des citoyens, ni mèême à mes filles, malgré ma tendresse pour elles. Toi, garde-le dans ta mémoire, et quand viendra ta dernière heure, ne le découvre qu'à celui qui devra te succéder, pour qu'il le transmette à ses successeurs. C'est à cette condition qu'Athènes ne tombera jamais sous les coups des fils de Cadmus. Un grand nombre de villes, quoique sagement gouvernées, ont été téméraires. Les Dieux jettent un regard in- évitable, quoique souvent tardif, sur ceuæ qui les oublient et les outragent. Toi, fils


