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au point que ses ouvrages(Fabricius cite les titres de 170 tragédies outre les sept qui nous restent encore) sont devenus l'exemple du beau, le modéele des rνeςαes¹).
Euripide, né à Salamine, eut pour maitre Anaxagore de Clazomène. II s'attacha d'abord aux Philosophes, et c'est pourquoi ses pièces sont remplies de maæximes x- cellentes pour la conduite des moeurs. Socrate ne manquait jamais d'y assister, quand il en donnait de nouvelles. Il commença à s'appliquer au théätre à l'àge de dix-huit ans. II est tendre, touchant, vraiment tragique, quoique moins élevé et moins vigoureuæ que Sophocle*).
Euripide mourut avant Sophocle; des chiens furieux le déchirèrent à l'äge de soixante-quinze ans. Il composa quatre-vingt-douze tragédies, dont dix-neuf nous restent. A cette prodigeuse fécondité de ces trois poètes, o on pourra juger du godët et du talent des Grecs pour ce genre de poésie.
La Tragédie des Grecs est simple, naturelle, aisée à suivre, peu compliquée. L'action se prépare, se noue, se développe sans efforts; il semble que l'art m'y ait que la moindre part, et par là même, c'est quelquefois le chef-d'oeuvre de l'art et du génie.
Quant à la fin morale de la Tragédie, Aristote nous dit que ce poème est fait pour purger la terreur et la pitié qu'elle produit. Pour rendre la terreur et la pitié vraiment atiles à'humanité, il faut que la terreur ne soit mêlée d'horreur ni la pitie mélée de faiblesse. Il faut donc les purger, c.-à.-d., les épurer, les dégager de tout ce qui pouvait altérer leur nature; voilà ce qu'Aristote a appelé la purgation de la terreur et de la pitié. Tous les autres effets que la Tragédie peut produire, tels que les vues politiques, les allégories, les allusions, les maæimes, les belles sentences qu'on peut y trouver, n'y sont que des finesses de l'artiste, et non l'objet de l'art. La Tra- gédie doit exercer l'äme au malheur, la conduire par degré aux deux passions épurées mentionnées ci-dessus, et dont on peut faire deux vertus secourables et utiles aux hommes.
1) An pangis aliquid Sophocleum? Cic. famil. 16. Sola Sophocleo tua carmina digna cothurno. Virg. Ecl. 8. Nulla Sophocleo veniet jactura cothurno. Ovid. Amor. 1.
2) Aristote le nomme εᷣαeσαᷣ ατο. Euripidis, cui tu quantum credas, nescio; ego certe singulos ejus versus singula testimonia puto. Cic. famil. 16. Sepulcrum ejus Macedones hoc elogio orna- runt: Ob worg ο μι⁴φμα¶mł✝BHtxlJns Aler6 woo; cC.-A.-d. Nulla aetate tua Euripides monumenta peribunt. FEuripideum carmen. Cic. Tusc. 3, 25.


