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Ces chants se renfermaient d'abord dans les temples, puis on les promenaient dans les Dourgades. On trainait un homme travesti en Silène*), monté sur un äne; et on le suivait en chantant et en dansant. D'autres barbouillés de lie, se perchaient sur des charettes, et frédonnaient, le verre à la main, les louanges du dieu des buveurs.
Dans cette esquisse grossièere, on voit une joie licencieuse, mèêlée de culte et de religion: on y voit du sérieux et qu foltre, des chants religieux et des airs bacchiques, des danses et des spectacles.
C'est de ce chaos que sortit la Poésie dramatigue.
Ces hymnes n'étaient qu'un chant lyrique, tel que l'on voit décrit dans l'Eneide, où Virgile a peint les sacrifices du roi Euandre, d'après l'idée qu'on avait, de son temps, des choeurs des Anciens. Une portion du peuple, des vieillards, des jeunes gens, des femmes, des filles, selon la divinité dont on faisait la fèête, se partageaient en deux rangs, pour chanter alternativement les différents couplets, jusqu'à ce que Thymne füt fini. Il y avait des couplets qui étaient chantés par les deuæ rangs réunis, et même par tout le peuple, ce qui faisait quelque variété. Mais comme cC'(tait toujours du chant, il y régnait une sorte de monotonie qui à la fin endormait les assistants.
Pour jeter quelque variété dans ce spectacle de religion, on y introduisit un acteur pour faire quelque récil.
Thespis ²), né dans un petit bourg de l'Attique, nommé Zcarie, en 537 avant J. C., essaya cette nouveauté. Son acteur, qui apparemment raconta d'abord les actions qu'on attribuait à Bacchus, plut à tous les spectateurs. Mais bientôt le poète prit des su- jets étrangers à ce dieu, et cette tentative fut approuvée du grand nombre.
Enfin ce récit fut divisé en plasieurs parties, pour couper plusieurs fois le chant, et augmenter le plaisir de la variété.
qui escaladaient le ciel, et fut regardé, après Jupiter, comme le plus puissant des dieux. On le représentait quelquefois avec des cornes à la téte, parce que dans ses voyages il s'était toujours couvert de la peau d'un bouc, animal qu'on lui sacrifiait; tantòt assis sur un tonneau, tantôt sur un char trainé par des tigres, des lynx ou des panthères; souvent aussi tenant une coupe d'une main, et de Pautre un thyrse, dont il s'était servi pour faire couler des fontaines de vin.
1) Silène était un vieux satyre, c.-à.-d. monstre moitié homme et moitié chèvre, avec des cornes, qui avait été le nourricier de Bacchus, qu'il aima toujours beaucoup, et qu'il suivit partout, monté sur un äne, dans la conquête des Indes. A son retour, il s'établit dans les campagnes d'Arcadie, o il se faisait fort aimer des jeunes bergers et des jeunes bergères. II ne passait pas un jour sans s'enivrer; mais il avait Ie vin agréable.
2) Ignotum tragicae genus invenisse Camoenae Dicitur, et plaustris vexisse poëmata Thespis. Hor. art poët.


