Aufsatz 
Etude sur le Venceslav de Rotrou
(1647)
Entstehung
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au dessous des lois et il a le sentiment de son devoir au plus haut degré.

De toute la pièce, le caractère le plus saillant et le plus difficile à traiter, c'est ce- lui de Ladislas. Rotrou a ddú le modifier pour qu'il ft supportable en France; car le Roger de Roxas n'est qu'un vulgaire débauché, tandis que Ladislas, homme violent, sensuel, de moeurs très relachées s'il en füͤt, a des mo- ments de noblesse et de profond sentiment qui nous font pardonner ses emportements malgré leurs conséquences désastreuses.

Ladislas n'est pas de ceux qui, comme Roger, achète la complicité d'un laquais. Et pourtant il a certaines qualités qui, en Es- pagne et du temps de Roxas, n'étaient peut- Stre pas un défaut, mais qui l'étaient à coup sr en France, du temps de Rotrou comme du nôtre.

Ladislas est grossier. Il est étonnant que Rotrou ne lui ait pas donné un peu plus de politesse, car tel qu'il est. il devait ôtre- voltant. Un homme ne dit pas à une femme, surtout quand cet homme est un prince et que cette femme est une duchesse, qu'elle est insolente, ainsi que Ladislas le dit à Cassandre. O'est plus qu'une grossièreté, o'est une lächeté. Marmontel, dans son Venceslas corrigé(1759), l'a bien senti, et il a remplacéinsolente par téméraire.

Du reste Ladislas est lâche sous un autre rapport encore, et on m'accordera que celui qui s'embusque la nuit dans la maison d'une femme, pour y tuer son rival, ne fait guère preuve de virilité. Rotrou aurait bien pu at- ténuer le crime de Ladislas, car s'il est vrai qu'il est une de ces natures emportées qui doivent éêtre jugées autrement que le commun des mortels, si Ladislas est, pout ainsi dire, prédestiné à tuer ses adversaires, il n'est pas prédestiné à le faire läachement.

Pourtant ses grands défauts ont été ra- chetés par des beautés plus grandes encore.

La scène entre Ladislas et sa soeur est de ce qu'il est permis d'appeler sublime. Ne faut-il pas lui pardonner, en le voyant tout confus, abasourdi de se voir méprisé par celle qu'il croyait écraser de son mépris, lui, cet homme farouche, dire d'une femme qu'il vient d'insulter.

J'aimerai ces mépris, je bénirai ma peine.

Son frère Alexandre n'intéresse guère que par sa mort prématuré. Certes il a très bon coeur, mais il n'est pas trͤs brave, et on a de la peine à croire que Cassandre s'in- térésserait aussi vivement à lui, si leur amour n'était pas un secret. Sans doute elle s'ac- comoderait bien mieux du brillant Ladislas, pour peu qu'elle eũt quelque raison de lui supposer des intentions honnéêtes. Malkeu- reusement c'est impossible, et sesappréhensions ne sont que trop justifiées; mais elle a le tort d'en parler plus souvent et surtout plus cru- ment, que ne le comporterait la déèlicatesse d'une femme bien élevée.

Fédéric est un homme de beaucoup de grandeur d'me, mais il pousse la complaisance trop loin. Parfois il manque de dignité. Lui, Grand d'Espagne, si bien vu du roi, et si plein de mérites, ne devrait pas supporter avec tant de patience de mauvais traitements de

la part de Ladislas. Sommé par le roi de

demander une récompense pour ses services, trois fois il est sur le point de nommer Théo- dore, trois fois Ladislas lui enjoint de se taire, et trois fois il se tait; cela frise le ridicule.

Octave est un personnage de convention, inventé pour tenir tête à Ladislas, afin d'éviter les monologues.

Théodore est tout à fait inutile. Certes une soeur confidente de son frère, et qui au- rait quelque influence sur lui et, par consé- quent, sur toute l'action, serait infiniment mieux qu'une confidente de convention, mais, cette influence, elle ne l'a pas, et elle est tout aussi banale qu'Octave.

Théodore, qui est absolument ôtrangère à Roxas, n'est apparément inventée que pour récompenser le bon Fédérie, qui l'aime et qu'elle aime, sans que l'un connaisse les bonnes dis- positions de l'autre à son égard. Elle nous rappelle l'Infante du Cid, non moins insigni- fiante qu'elle.

Léonor, n'étant que pour Théodore, qui est de trop, est superflue elle-méme.

Cascarron et Clavela ont été entièrement retranchés par Rotrou. La pièce y gagne.

Done Rotrou a sur Rocas le mérite d'a- voir approfondi le caractère principal, Ladis-

las, et d'avoir restreint le nombre des per-

sonnages de convention en répartissant leurs fonctions entre quelques autres personnages plus dignes d'interèt, quoique secondaires aussi.

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