Aufsatz 
Etude sur le Venceslav de Rotrou
(1647)
Entstehung
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ressèrent au fils, qui, lui, accepta et ainsi de- vint roi du vivant de son père.

Voilà ce qui pourrait parfaitement avoir suggéré à un poòte l'idée de l'abdication telle qu'elle est supposée dans la tragédie.

C'est possible, mais rien ne nous force à le croire, etle poète pourrait tout aussi bien avoir puiser ce motif dans l'histoire de quel- que autre roi de Bohème. Car, dans ce pays, les résignations se sont vues assez souvent.

II y a par exemple le due Wladislaw I. qui, en 1117, céda de plein gré son trône à son frère Boriwoy. II y a ensuite le roi du même nom, Wladislaw I., qui, sentant ses forces décliner, se défit de tout son pouvoir pour le remettra aux mains de son fils Fré- déric, en 1173.(Palacky I l. III ch. IX.)

Reste à savoir si c'est Roxas qui, saisi de ce sujet, a pensé le premier à le dramatiser tout en supprimant, soit par excès de délica- tesse, soit par complaisance pour son publie, le nom du roi et en changeant les autres, ou si c'est Rotrou qui, frappé de certains traits communs à l'histoire et au drame de Roxas, rapprocha celui-ci de celle-, en donnant aux différents personnages des noms tiréès de ''histoire.

Je renonce à résoudre cette question- finitivement, mais je suis plus porté à admettre la seconde leçon que la première. Quoiqu'il en soit, il n'est pas prouvé et il est probable- ment improuvable que Roxas ait connu l'his- toire, tandis qu'il est plus que vraisemblable que Rotrou, lui, l'a connu. II est vrai que, dans la pièce, le fils ainé du roi ne s'appelle pas Venceslas, comme dans l'histoire, mais ce nom de Ladislas que Rotrou, lui a donné à la place de celui de Venceslas ou de Roger, appuie ma supposition Le poète pourrait bien l'avoir em- prunté à Ladislas Lokietek, duc de Cracovie, qui dans le temps des Venceslas fit beaucoup parler de lui. Cela me paratt d'autant plus vraisemblable que Ladislas Lokietek avait bien plus de ressemblance avec le Roger de Roxas que le jeune Venceslas et que, plus tard, en 1319, lui aussi devint roi. Et encore, comment Rotrou aurait-il pu tomber sur des noms tels que Courlande et Cunisberg, ap- pliqués l'un à Fédéric, l'autre à Cassandre, sans avoir lu quelques pages de l'histoire de

l'époque en question? La Courlande, ayant appartenu à la Pologne pendant longtemps, y est nommée plusieurs fois, et Cunisberg, soit le nom de Koenigsberg en Bohèͤme, soit le nom de la ville de Koenigsberg en Prusse, qui venait d'être fondée en 1278 par Ottocar, père de Venceslas le Vieux, y revient aussi quelque fois. L'auteur n'aurait eu qu'a- placer un peu les faits historiques, procédé qui ne devait pas trop lui répugner, car on sait que, comme tous les poêtes de son temps, il n'exagérait pas le respect de l'histoire.

Cette hypothèse aurait en outre l'avan- tage d'expliquer la ressemblance qui existe entre le drame et certains faits historiques antérieurs à Venceslas le Vieux.

Qu'on lise l'histoire du roi Wratislaw et de son favori Zderad qui, en juillet 1070, meurt assassiné par le prince Bratislaw, ja- loux de lui. Ce crime consommé, Bratislaw se met à la téête de toutes sortes de mécon- tents et guerroie contre son père. Enfin Hild- burg, épouse du prince, lui obtient le pardon de Wratislaw, roi sage et clément, comme le fut plus tard Venceslas le Vieux. Mais Bra- tislaw, jaloux de ses frères, comme il l'avait été de Zderad, entrainé par des gentilshom- mes ennemis du régime actuel, emploie toute son énergie à le renverser. Encore une fois, père et fils se réconcilient, mais la paix ne dure pas longtemps. Bratislaw, voyant que ses frèͤres lui sont préférés, quitte le pays.

Laà le drame se sépare sensiblement de l'his- toire. Mais, abstraction faite du dénouement, l'analogie est surprenante: il y a un roi de Bohème, Wratislaw, clément et plein de sagesse comme Venceslas le Vieux et qui, comme celui-ci, a bien souvent se dire no ay ser padre, siendo rey; car son fils Bratislaw, bien doué, débauché, vaillant et avide de régner, jaloux de son frère et de Zderad, favori de son père, comme Ladislas est dans la tragé dlie de son frère Alexandre et de Fédéric, ne lui épargne pas les soucis.

Passons maintenant à l'examen des ca- ractères.

Rotrou n'a pas alteré le caractère du roi de Roxas. Et il a bien fait, car il eùt été difficile de le changer sans le gäter. Tout dans le roi est admirable. Ce n'est pas un roi de convention, il a un caractère bien à lui et des plus nobles par dessus le marché; il se place