Aufsatz 
Etude sur le Venceslav de Rotrou
(1647)
Entstehung
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opérés par Rotrou, afin d'en trouver les cau- ses et de les justifier.

D'abord il a supprimé quelques person- nages, qu'il a remplacés par d'autres; puis il a donné un nom au roi et changé ceux de quelques autres personnages, savoir:

Personnages dans

Roxas Rotrou

1. Le roi de Pologne= Venceslas.

2. Roger, son fils atné6= Ladislas.

3. Alexandre, son fils cadet= Alexandre.

4. Robert, confident de Roger= Octave, gou- verneur de Varsovie.

5. Fédéric, le duc, ministre= Fédéric duc de Courlande.

6. Cascarron, valet= manque.

7. Cassandre, duchesse= Cassandre, duchesse

de Cunisberg. 8. Clavela, servante= manque.

Théodore, infante. Léonor, sa suivante.

Roxas suppose son roi roi de Pologne, mais il ne lui donne pas de nom. Pourquoi pas? Si ce personnage était historique, pour- quoi ne pas lui laisser son nom? Certes il n'y avait aucune indélicatesse à mettre en scène un roi, pourvu qu'il ne fút pas contem- porain et qu'il ne régnàât pas en Espagne. II faut donc admettre que le roi de la pièce de Roxas n'est pas historique du tout, et que le poète le fit roi de Pologne uniquement pour conplaire à l'imagination des spectateurs qui, de ce temps comme du ntre, devaient aimer ce qui vient de loin, ou bien que, s'il est historique, Roxas a supprimé le nom de Venceslas, qui sonnait mal à l'oreille très- licate de son public, sans juger à propos de le remplacer par un autre.

Quant à Rotrou, il a donné au roi le nom de Venceslas. l'a-t-il pris?

Laà-dessus on a fait des recherches, et on est tombé d'accord que l'original de la pièce était Venceslas le Vieux, quatrièéme du nom, comme roi de Bohôme, deuxième, comme roi de Pologne, et qui mourut en 1305.

Il n'avait alors que trente-quatre ans.

Donc son surnom n'a pu lui être appliqué qu'en vertu de certaines qualités qui, quoique particulières à la vieillesse, le caractérisaient déjà dans sa jeunesse. Le fait est qu'il avait vieilli avant l'age et qu'il manquait absolu-

ment d'énergie. C'est le méême Venceslas dont il est dit dans le Purgatoire(VII 100-102) Ottachero nella fasce fu meglio assai che Vincislao suo figlio Barbuto cui lussuria ed ozio pasce. A l'àge de 25 ans(Palacky t. II. I. IV. ch. 7.) il avait 9 enfants légitimes et plusieurs illé- gitimes. II était efféminé et poltron au point de tomber en évanouissement rien qu'à la vue d'un chat et de s'enfermer dans un reliquaire de peur de la foudre.

Mais s'il avait les défauts de la vieillesse, il en avait aussi les vertus. II se distinguait par une profonde entente du coeur humain, une grande habileté politique et une bienveil- lance toute paternelle, qui firent de lui un bon roi, que ses sujets pleurèrent longtemps. II avait, entre autres enfants, un fils qui lui suo- céda au trône. Ce fils, qui ne s'appelait pas Ladislas mais Venceslas, comme son poͤre, était trèòs débauché. Un vieux livre d'histoire (Dubravii historia bohemica 1552) cité par Person raconte que son père, l'ayant envoyé en Bohème, dut le rappeler bientôt, craignant pour lui les mauvais exemples, et qu'il lui offrit sa couronne. Dans un autre livre, cité également par Person(Icones vitae principum regum Poloniae a Salmone Neugebavero de Cadano 1620), il est dit de lui qu'il fit souf- frir la Pologne:ob feros intemperantesque mores, quibus vitam suam nunc grassando et spoliando, nunc per stupra et adulteria cor- pus volutando foede contaminabat.

Venceslas fils mourut assassiné un an après son avènement au trône, en 1306.

Il y a donc entre les Venceslas, père et fils de l'histoire et le Venceslas père et son fils Ladislas dans notre pièce quelque ressem- blance de caractère. Mais quant au meurtre commis par le prince sur la personne de son frèͤre, l'histoire n'en dit mot, et quant à l'ab- dication du père en faveur du fils, elle n'est pas historique non plus. GCependant il s'est passé entre le roi et son fils quelque chose de semblable, En 1301, les Hongrois, dont le roi André III. venait de mourir sans laisser d'héritiers, vinrent offrir la couronne de leur pays à Venceslas le Vieux. Mais celui-ci, qui, comme je l'ai dit, était très caduc, quoique jeune encore, la refusa, tout en recomman- dant aux délégués hongrois de l'offrie à son fils. Refusés par le père, les Hongrois s'ad-