„Affecter un air pédantesque, „Cracher du grec et du latin, „Longue perruque, habit grotesque, „De la fourrure et du satin:
„Tout cela réuni fait presque
„Ce qu'on appelle un médecin.“
Boileau(1635— 1711).
Tant que vivra la langue française, on admirera dans les oeuvres de Boileau l'elégance de la forme, l'encha'nement logique des idées, la pPropriété des termes, la raison alliée à l'esprit. A vrai dire, il fut moins heureusement doué que Molière, Corneille, Racine, et La Fontaine, et sa part de gloire serait médiocre, si on le jugeait d'après l'idéal qu'on se forme d'un grand poète. II n'a ni imagination eréatrice qu'exige répopée, ni enthousiasme lyrique, ni la sensibilité qui révèle le secret des passions. II tire toute sa poésie de la raison et de son bon sens; la raison est l'äme de ses éerits, et le„vrai“ en est le seul objet. B. comprit qu'il avait plus de gout que de génie, et il eut la sagesse de se renfermer daus les limites de son esprit et de ses forces. Il se proposa seulement d'étre le mentor littéraire de ses contemporains, de leur apprendre à distinguer la saine littérature de la mauvaise, et le bon esprit du bel esprit, de leur donner des règles propres à les guider dans leurs jugements et dans la composition de leurs ouvrages, et d'amener la poésie française à cette perfection soutenue que la prose devait aux chefs-d'oeuvre de Pascal. Et cette mission, il sut la remplir. B., dit Voltaire, a très-bien fait ce qu'il voulait faire, et très-bien dit ce qu'il voulait dire. „Prenons-le done tel qu'il se donne et ne lui demandons que ce qu'il s'engage à nous offrir.“ Sa gloire de législateur du Parnasse, et de poè(te du bon sens est plus modeste que celle des quatre autres grands poèëtes de son siècle, mais elle n'est pas moins solide; elle consiste surtout dans cette salutaire influence qu'il exerça sur ses contemporains, et qui peut-êètre vaut mieux que ses ouvrages.
Nicolas Boileau est né à Paris, le 1“ novembre 1635.('était le onzième fils de Gilles Boileau, greffier de la grand' chambre du parlement de Paris. Deux de ses frères ont mérité les éloges de leurs contemporains: l'un, Charles B., abbé de Beaulieu,(ville de France, Indre-et-Loire), par ses Homélies et ses Sermons; T'autre, Jacques B., grand vicaire de Sens(ville sur l'VYonne), par son Histoire des Flagellants. Sa famille était noble depuis plus de 200 ans. Pour le distinguer de ses frères, on lui donna le nom de„Despréaux“, à cause d'un pré situé au bout du jardin de la maison de campagne que son père possédait au petit village de Crosnes. Nic. B. était né faible et maladif, et à peine àgé de quelques mois, il perdit sa mère, et il fut abandonné à une vieille et méchante ser- vante qui le traitait avec dureté. A huit ans, il eut à subir une opération chirurgicale(il avait été attaqué de la pierre), qui fut mal faite, et dont les suites furent douloureuses pour le reste da sa vie. Il était relégué dans une espèce de guérite au-dessus du grenier; il habita ensuite le grenier, ce qui lui faisait dire plaisamment:„Jai commencé ma fortune par descendre du grenier.“
Cet enfant souffreteux et maussade était bien loin d'annoncer ce qu'il serait un jour.„Colin, disait son père, sera un bon garçon; il m'a point d'esprit; il ne dira jamais de mal de personne.“ Un beau-frère de B. le jugea d'une manière encore plus défavorable. Ce beau-frère, greffier au Parlement, s'était chargé de le former au style de la procédure. Un jour, il lui dicta un arrêèt de sa composition. Quand il eut fini, il s'apergut que son clerc s'était endormi, après avoir à peine éerit quelques lignes. Il désespéra de lui, et il le renvoya à son père, en le plaignant d'avoir un fils imbécile,„qui ne serait qu'un sot de toute sa vie.“ Tel fut l'avenir promis à l'homme qui devait le mieux savoir en quoi consiste le bon sens.
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