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Jean Racine.(1639— 1699.)
Il est difficile de décider à qui appartient la première place parmi les grands poètes qui ont immortalisé le siècle de Louis XIV. Si Pon considère la connaissance et la peinture exacte du coeur humain, on la donnera à Molièere; pour la grandeur et la sublimité des conceptions, à Corneille; pour le géenie simple et naif, à La Fontaine; pour la süreté du goüt et P'influence, à Boileau; mais en consultant la perfection des ouvrages, la prééminence est due à Racine. Dans la structure du drame, dans la marche d'une action simple, développégavec un art savant et ingénieux, dans'élégance continue du style, dans Phabileté de la versification, Racine n'a aucun rival. On proposait à Foltaire de faire sur Racine un„Commentaire“ pareil à celui qu'il avait fait sur Corneille. II répondit: „Il n'y a qu'à mettre au bas de chaque page: bPeau, pathétique, harmonieua, admirable.“
Jean Racine naquit en 1639 à La Ferté-Milon, petite ville située entre Meaux et Soissons. Il appartenait à une famille très-considérée, qui avait été annoblie par l'acquisition d'une charge. Les armoiries de cette famille portaient un Cygne. Quoiqu'il eũt perdu ses parents étant encore en bas àge, il reçut une éducation très-soignée. II apprit le latin au collège de la ville de Beaurais, et le grec sous Claude-Lancelot(sacristain de Port-RNRoyal, communauté de femmes avec deux maisons, ''une dans le faubourg St. Jacques, à Paris, l'autre dans la vallée de Port-Royal, près du village de Chevreuse, aux environs de Versailles. Le supérieur en était l'abbé de Saint-Cyran. Destinée d'abord à des religieuses, elle fut habitée plus tard par des hommes, 2zélés partisans de la doctrine de Jansénius), qui le mit, dit-on, en moins d'un an, en état d'entendre Euripide. Racine montra, dès ses premières années, un godt très-vif pour la posie. Son plus grand plaisir était d'aller s'enfoncer dans les bois, dont le vaste silence est si favorable à la meclitation et semble même y inviter.('est là qu'il lisait, sans cesse, les tragiques grecs qu'il savait presque par coeur, et dont il a osé le premier transporter dans sa langue les tours, les eæpressions et les images. Claude-Lancelot, son maitre, lui arracha plusieurs fois le roman grec des amours de Théagenes et de Chariclée; il sen acheta un troisième exemplaire et l'apprit par coeur. Puis il l'apporta au bon Lancelot.„Tenez, lui dit-il, vous pouvez brüler encore celui-la.“ Ses premiers essais de poésies latine et française ne furent pas heureux. A peine Racine eut-il achevé sa philosophie au collège d'Harcourt à Paris qu'il se fit connaftre assez avantageusement par son Ode intituléÖe:„La Nymphe de la Seine“ qu'il composa en ''honneur du mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche, en 1660. Le poète faisait dire
à la Seine: „Régnez, belle Thérèse, en ces aimables lieux
„Qu'arrose le cours de mon onde, „Et que doit éclairer le feu de vos beaux yeux.“
Chapelain, alors arbitre souverain du Parnasse et des libéralités du roi envers les gens de lettres, parla si favorablement à Colbert et de l'Ode et du poète que ce ministre lui envoya cent Louis de la part du roi, et le mit, peu de temps après, sur l'état pour une pension de 600 livres. Ce premier succès ne fit qu'accroitre la passion de Racine et le détermina à s'y livrer entièrement.
Lyétude épineuse de la théologie et de la jurisprudence contrariaient trop son goüùt dominant, pour qu'il püt se résoudre à suivre l'une ou J'autre carrière, comme ses parents le désiraient. Cependant par déférence pour un oncle, qui vonlait lui résigner son bénéfice, Racine s'appliqua à la théologie, obtint un prieuré dont il porta quelque temps le titre, sans en toucher les revenus. Un moine les lui disputa. Racine, fatigué de plaider et se sentant peu de vocation pour P'Eglise, renongça au bénéfice et au procès, qui lui inspira, plus tard, l'idée de la comédie des„Plaideurs“. Du reste, Racine ne négligea pas ses occupations chéries. II faisait des extraits des poètes grees, lisait Platarque et Platon, étudiait surtout sa langae qu'il parlait depuis si purement et à laquelle il a su donner un mouvement


