4 les 30 dernières années de sa vie, chaque jour le Dréviaire ecclésiastique, lisait souvent„l'Imitation de Jésus-Christ“, le plaus beau livre qui soit sorti de la main d'un homme, puisque l'Eoangile n'en vient pas. Corn. traduisit ce livre en vers qui montrent de brillantes traces de son génie. Ses trois „Discours sur la poésie dramatique“ renferment des observations profondes sur la tragédie et la comédie, telles qu'il les avait créées.
Fouquet, surintendant des finances et bienfaiteur de Corn., le ramena au théatre, en lui donnant le sujet„d'Oedipe“ à traiter(1659). Malheureusement il échoua dans cette pièce, à laquelle, 60 ans plus tard, le jeune Voltaire devait sa fortune littéraire. Les pièces(huit) composées entre 1660 et 1675 par Corn. m'ajoutèrent rien à sa gloire. Lastre de Corn. baisait, et celui de Racine se levait. Corn. avait épousé une fille du lieutenant-général du roi aux Andelys, M. de Lampérière, par l'inter- médiaire du cardinal de Richelieu, le père ayant peu de fortune et Corn. n'en ayant pas du tout (1640). Elle lui donna six enfants, quatre fils et deux filles. Sa fille Marie fut la bisafeule de Charlotte Corday, qui délivra la France de Marat et donna un exemple insigne de ces farouches vertus de Rome, si bien célébrées par notre grand tragique. Corn. reçut une pension de deux mille francs, qui cessa de lui étre payée à la mort de Colbert. Dans les derniers mois de sa vie, la maladie épuisa ses ressources. Boileau, informé de cette position cruelle, courut à Versailles offrir le sacrifice de sa propre pension pour soulager le pauvre Corn. Louis XIV envoya deux cents louis au pauvre malade qui expira deux jours après, à l'äge de 78 ans, en 1684. II avait été doyen de 'Académie, où il avait été reçu en 1647.
Thomas Corneille(1625— 1709),
frère cadet de Pierre, naquit 20 ans après lui et suivit la même carrière. II était doué d'une grande facilité de travail, mais faible écrivain, et jouissait, de son vivant, d'une réputation qui ne lui a pas survécu. Thomas Corn. a composé quarante-deux ouvrages de théatre dont„Ariane“ est seule restée sur la scène. A la représentation de sa pièce„Mort de Commode“ l'affluence fut si grande qu'il ne restait plus de place sur le théatre pour les acteurs. La belle pièce„Ariane“ a été composée en dix-sept jours. Voltaire regarde le„Comte d'Essex“ comme la meilleure pièce de Thomas Corn. Outre ses pièces, Thomas Corn. a traduit en vers les quatre premiers livres des Métamorphoses d'Ovide, et écrit un„Dictionnaire des arts et des sciences“, puis un„Dictionnaire universel géographique et historique“. La plus touchante amitié unissait les deux frères; ils avaient épousé deux soeurs, et, durant vingt années, les deux familles vécurent ensemble dans la plus grande harmonie, ne faisant qu'un ménage. Cette union dura jusqu'à la mort de Pierre Corneille. Thomas Corn. mourut aux Andelys, en 1709.
Jean Rotrou
naquit à Dreux, en 1609. Plus jeune que P. Corn., il avait guidé ses premiers débuts. Corn., re- connaissant, l'appela son„père“, et lui voua une de ces vives amitiés, si rares dans les lettres, et si glorieuses pour les auteurs. Il a composé trente-cinq tragédies et comédies. Son style est plus spirituel que celui de ces prédécesseurs, mais il n'a fait aucune découverte, il ne s'est distingué par aucun progrès dans les idées. Sa tragédie„Venceslas“, fut jouée en 1647; le sujet en est emprunté à LEspagnol„Don Francisco de Roxas.“ Le titre espagnol de la pièce est:„Quand on est roi, on ne saurait étre père.“ C'est la seule pièce de Rotrou, qui ait mérité de vivre. Rotrou, lieutenant du roi au baillage de Dreux(ville sur l'Eure), fut atteint à Paris d'une maladie contagieuse désolant la ville, et il en mourut dans sa quarante et unième année de son age, en 1650.


