2
brillante pléiade de Port-Royal doivent au sentiment religieux l'éclat, la force et l'élération qui distinguent leurs ouvrages. Le XVII siècle nous montre, sans contredit, des écarts, des fautes et des erreurs. Du reste, on revenait, tôt ou tard, des séductions du monde, se jetait dans les bras de la religion, et l'on finissait par une mort chrétienne, de sorte qu'on peut nommer ce temps l'époque de conversions éclatantes. C'est à P'alliance de la religion avec les lettres et les moeurs que le siècle de Louis XIV doit le grand mérite d'avoir été la digue entre la corruption du XVI siècle et le scepticisme du XVIII siècle.
Pierre Corneille(1606—1684).
C'est un génie créateur. En comparant ses chefs-d'oeuvre aux pièces informes de ses devanciers et de ses contemporains, on peut le considérer comme le plus grand poète de la littérature française. Avant Corneille, la scène française était dans le chaos; il lui fallut créer caractères, passions, Style, conformité du drame avec la vie. Quinze années de guerre civile avaient rompu les anciennes habitudes; la paix et le bonheur en demandaient de nouvelles; Paris demandait de nouveau sés plaisirs. Corneille créa tout ce qu'il fallut, de son temps, à l'art dramatique. La France lui doit la tragédlie, la comédie de caractère, la comédie héroique, la tragi-comédie qu'on appelle drame, et les pièces à machines et à décorations qu'on accompagnait alors d'un peu de musique, et qui furent l'origine de l'opéra francais. Corneille créa la langue kragique; il lui donna une noblesse, une éälévation, une vigueur, un mouve- ment qui ne laissent rien à désirer, et il écrivit des morceaux au-dessus desquels il n' a rien dans la littérature française. Il donna à la tragédie un bait moral, et la fit servir à 6lever'äme de vhomme, en lui montrant des caractèeres héroiques, des sentiments sublimes, des objets dignes d'admiration et propres à inspirer l'amour du devoir, l'enthousiasme de la vertu, le goüt de grandes et belles choses. „La France doit peut-étre à Corneille une partie de ses belles actions, disait Napoléon; aussi, s'il vivait, je le ferais prince.“
Pierre Corneille, le sublime peintre de Phéroisme, naquit à Rouen, en 1606. Son père était maitre des eaux et foréts et avocat à la chambre de la table de marbre; c'est le nom qu'on donnait au tribunal chargé de juger tout ce qui avait rapport à l'administration des eaux et foréts. Ses services rendus dans cette double fonction lui valurent les lettres de noblesse. Corneille fit ses études chez les Jésuites de Rouen, pour qui il conserva toujours une vive reconnaissance. II étudia le droit; mais il ne parut au barreau que pour y reconnaftre son incapacité, ce qui l'obligea d'y renoncer et de se vouer à la littérature dramatique. Corneille débuta au théatre par des comédies, telles que Mäélite(1629), Clitandre(1632), la Teuve(1633), la Galerie du palais(1634), la Suivante(1634), la Place Royale(1635). Son„Menteur“, est en partie traduit, en partie imité de l'espagnol, et Molière avouait qu'il devait beaucoup à cette première comédie de caractère. Corneille, content d'avoir ouvert la route, tourna ses efforts vers la tragédlie, et il la créa telle qu'elle existe sur la scène française.
Corn. chercha à exciter, dans ses pièces, un sentiment d'admiration qui éléve l'äme, le sentiment du beau, l'amour du grand, l'enthousiasme de la vertu. Le„Cid“ représente l'héroisme de Phonneur; „Horace“, Phéroisme de l'amour de la patrie;„Cinna“, Phéroisme de la clémence;„Polyeucte“, l'en- thousiasme de la religion et héroisme de la fidélité conjugale;„Pompée“, Phéroisme de ramour conjugal. Dans toutes ces pièces, Corn. a représenté les hommes kels qu'ils devraient étre, ou tels qu'il aurait voο⁵lu qu'ils fussent. Le grand tragique a montré une variété infinie dans le développement de'action, dans la conduite de l'intrigue, dans les caractères et les situations de ses personnages.„Médée“ est le premier essai tragique de Corneille(1635). La pièce est mal concçue et mal écrite. Après la re- présention de Médée, de Chalon, secrétaire de la reine mère, Marie de Médicis, conseilla à Corneille d'étudier la littérature espagnole, surtout les oeuvres de Cervantes, de Lope de Vega, de Calderon


