Abrégé de la littérature francaise,.
composé à l'usage des classes supérieures des lycées „ Par
M. André Fritzmann.
Sièele de Louis XIV.
T'epoque, appelée„Siècle de Louis XIVv, s'ouvre vers 1660. En effet, Louis XIV n'inspira point la foule de chefs-d'oeuvre qui ont immortalisé son règne. Du reste, il sut le mieux les apprécier, les encourager et les récompenser. Les gens de lettres furent enlevés au patronage des grands et devinrent les pensionnaires de l'Etat. C'est surtout Corneille, dont la famille éprouva la munificence du roi. II plaça deux fils du poòëte dans l'armée, le troisième, dans PEglise; Boileau devint historio- graphe de France; Racine fut nommé par lui son gentilhomme ordinaire et admis dans sa familiarité; aux attaques dont le grand comique Molière fut l'objet, le roi répondit toujours par quelque nouveau bienfait; il confia l'éducation de son fils et de ses petits-fils aux deux prélats les plus vertueuæ de son royaume et donna à l'un„Bossuet“, l'évéché de Meaux, à l'autre,„Fénelon“, P'archevéché de Cambrai. Louis XIV chargea mêéme ses ambassadeurs de lui signaler les hommes de lettres, les savants et les artistes de l'étranger, afin de pouvoir les encourager par ses bienfaits. Les uns furent attirés en France, les autres reçurent des pensions et des gratifications, accompagnées de lettres flatteuses de la main de Colbert. Un prince aussi bienfaisant devait étre cher aux littérateurs, qui cherchèrent à lui plaire. A ce patronage, furent souvent sacrifices Tindépendance, la franchise et voriginalité; mais le style des auteurs de ce temps y gagna de la dignité, de la solidité, de la mesure et de l'légance..
A T'influence du roi sur la littérature du grand siècle, il faut ajouter celle de l'antiquité classique. La pratique intelligente de ces éternels modeles du beau et du orai préserva la littérature de P'enflure espagnole, de Paffectation italienne, des vagues réveries des écrivains du Nord. Les auteurs de ce siècle se distinguent par la précision et la justesse de l'expression, par la grande simplicité dans la forme, par un goüt épuré qui ne se trouve pas au méme degré chez les autres nations.
La religion ne tarda pas non plus d'exercer une influence importante sur les oeuvres de cette époque. Elle donna aux productions des écrivains de tout genre un noble caractère de moralité et d'&lévation. Les grands poètes, Corneille, NRacine, Boileau, étaient des hommes profondément religieux. Molière, quoique comédien, conserva toujours un grand respect pour la religion. Bossuet, Finelon, Bourdaloue, Massillon, méritent notre admiration par leur pieté et par leur Gloquence. De meme la
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