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Dérivés l'un et l'autre de la méême souche, de la lingua prisca, le sermo nobilis, dans les premiers siècles de la Ville, n'était autre que la façon de parler plus solennelle d'une société qui se servait d'un langage plus nonchalant pour la causerie familière. C'est de cette habitude de parler autrement dans telle circonstance que dans telle autre que nait, lors de l'avénement de la période littéraire qui scinde la nation en deux corps distincts, les lettrés et les illettrés, la séparation en langue littéraire et langue vulgaire, non des dialectes, bien que, dès les premiers siècles de la Ville il en existät plusieurs, les uns à côté des autres, et que le langage parlé à Rome méme, eùt revétu un autre caractère que celui qu'on parlait à la campagne et dans les petites villes. Cette différence entre la langue écrite et l'idiome des classes illettrées se marqua d'une manière plus tranchante encore, quand, au 2e siècle avant notre eère, Scipion et ses amis, adorateurs passionnés de la civili- sation grecque, introduisirent les arts de la Grèce à Rome. Malgré la plus vive résistance de la part des partisans de la vieille Rome, l'enseignement fut bientéôt tout entier dans les mains des Grecs. A mesure que, sous cette influence, la langue devenait plus polie, plus savante et qu'elle faisait des emprunts aux Grecs pour subvenir aux besoins de la civilisation nouvelle, elle s'éloignait davantage de la langue vulgaire qui suivait sa voie large et commode. Le langage plébéien, militaris vulgarisque sermo, apporté à la moitié du monde connu par les légions romaines qui réunissaient dans leurs cadres les langues de vingt nations différentes¹), ne pouvait se dérober à leur influence: il subit des modifications fortuites et des altérations étrangères au génie de la langue primordiale.
Avec la propagation du christianisme l'idiome parlé par les basses classes de la société romaine gagna plus de terrain et réclama sa reconnaissance à côté de la langue littéraire. Les messagers de la foi qui préchaient l'Evangile, s'adressaient de préférence aux masses. Pour s'en faire comprendre, pour garder leur influence, il fallait bien qu'ils se servissent de la langue vulgaire; ils faisaient plus: ils P'enrichissaient en puisant dans les dialectes les termes dont ils avaient besoin pour exprimer les sentiments nouveaux. En blämant la lecture des auteurs paiens les mis- sionnaires enlevaient à cette portion de la population lettrée qui dès lors embrassa la nouvelle doctrine le contrôle que pouvait exercer l'étude des oeuvres littéraires sur le développement de la langue vulgaire et qui seul aurait pu la préserver de perdre davantage le sentiment juste et instinctif des lois qui avaient présidé à la formation de la langue primitive. Mais pour l' Eglise le fond était tout, elle n'attachait aucun prix à la forme.„Non metacismi collisionem fugio, non barbarismi confusionem devito, dit St. Grégoire²), situs motusque praepositionum casusque servare contemno, quia indignum vehementer existimo ut verba caelestis oraculi restringam sub regulis Donati.“
Une autre circonstance vint étendre le domaine de la langue vulgaire en portant une atteinte funeste à la prospérité de la Gaule. Pour subvenir aux frais des armements militaires et des réorganisations de toute espèce qui se faisaient sur une vaste échelle en proportion des périls dont l' Empire était menacé, les provinces qui déjà manquaient de bras pour cultiver les champs. durent, vers la fin du 3° siècle, doubler des contributions qu'ils n'avaient pu supporter quand elles étaient dans l'opulence. Les proscriptions, les rapines des curiales responsables de la rentrée des contributions poussaient le peuple au désespoir. Ceux des Gaulois qui n'étaient pas attachés à la
¹) C'est à cette circonstance fournissant bon nombre de verba castrensia d'origine étrangère aux sources d'ouù découle le vocabulaire de la langue d'ol qu'elle doit un certain fond de mots que l'étymologie west pas parvenue à expliquer.
²) Cité par Schuchardt. op. cit. I, 88.


