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arriver aux charges de l'empire et aux honneurs qui attendaient les personnes instruites. Bientôt les classes supérieures de la société gauloise parlèrent le latin comme les habitants de Rome eux-mèêmes, les Romains avec plus de gravité, les Gaulois avec plus de fécondité et d'élégance. II parait que le mélange de l'une et de l'autre façon de parler était regardé comme le comble du bon godt, car nous voyons bon nombre de Gaulois passer à Rome, ut ubertatem gallici nitoremque sermonis gravitas romana condiret¹), et ils révélèrent dés lors le vrai génie de la France, le génie oratoire qui dans une élaboration de seize siècles devait développer cette prose harmonieuse et limpide devenue avec Descartes et Pascal, et c'est là le mérite historique de la littérature francaise, le modèle sur lequel vest formé le style de la prose moderne.
Selon Juvénal ce fut la Gaule qui forma les premiers avocats qu'on vit plaider dans la Grande-Bretagne²) et le même poëte, déplorant le négligement où on laissait l'éloquence à Rome, envoie en Gaule et en Afrique*) ceux qui voulaient Se perfectionner dans cet art, car les Gaulois ne se distinguaient pas seulement au barreau. on comptait parmi eux d'habiles professeurs qui enseig- naient les sciences et la rhétorique à Rome méme, et nous en voyons qui remplissaient les plus hautes charges de l'Etat dans toutes les provinces de'Empire. Une lettre de Pline le jeune(IX, 2) où cet écrivain se vante que ses oeuvres sont lues dans toute la Gaule et un passage du poëte Martial ne nous laissent aucun doute que, vers la fin du premier siècle de notre dre, le latin littéraire ne füt la langue parlée daus les bonnes familles des villes.¹)
Les empereurs des siècles suivants continuaient à donner leurs soins à la culture des tudes en Gaule. Constantin exempta les professeurs et leurs biens de tout impôt ou autre charge publique et ordonna qu'on serait exact à leur payer leur salaire, quo facilius liberalibus studiis memoratis artibus multos instituant). Gratien leur assigna des appointements fixes sur ses revenus, ne voulant pas que leur salaire dépendit du caprice des villes.) Après quelques siècles de la domination des Romains, les Gaulois étaient devenus Romains de langage, de droit et de moeurs. Dans des villes nombreuses qui, ornées de temples, de palais, d'amphithéâtres, de cirques, rivalisaient de magnificence avec Rome elle-meme, vivait un peuple, vêtu de la toge romaine et parlant la langue latine. La métamorphose était complète: il était juste que les Gallo-Romains partageassent le sort de Rome.
Pendant que la langue littéraire se propageait dans les classes cultivées de la Gaule, le latin vulgaire continuait sa marche paralléele dans les couches inférieures de la population des villes et des campagnes. Transplanté sur le sol gaulois par les colons et les légions, le parler populaire que les écrivains appellent avec dédain plebeius(pedestris, proletarius, quotidianus usualis, rusticus) sermo?*), différait considérablement, au temps de la conquéète, du sermo nobilis ou urbanus.
¹) Hieronymus Epist. IV. Hist. lit. Ia 61. ²) Sat. XV, 3. Gallia causidicos docuit facunda Britannos. ²³) Sat. VII, 147 sqq. Accipiat te Gallia, vel potius nutricula causidicorum Africa. *) Lib. VII, ep. 87. Fertur habere meos, si vera est fama, libellos Inter delicias pulcra Vienna suas. Me legit omnis ibi senior, juvenisque puerqne Et coram tetrico casta puella viro. ³) Histoire lit. Ib 2. 6) Histoire lit. IE 9. ²) Oppidanum genus dicendi; rusticitas; rusticum vocabulum, rustica vox, rustice loqui, sonus subrusticus, vox subagrestis, sonus subagrestis, sermo vulgaris etc. Ofr. Schuchardt. op. cit. I, 102..
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