11
chétive, l'idiome indigène était hors d'état de fournir des éléments à la langue qui l'avait supplanté et qui régnait désormais souverainement depuis le versant des Alpes jusqu' à l'Océan et aux rives lointaines de l' Escaut et de la Meuse comme instrument d'une civilisation brillante qui avait un attrait irrésistible pour les peuples auxquels elle était destinée à donner une vie historique. Si donc des éléments celtiques se sont introduits dans la langue des Gallo-Romains, il faut qu'ils y aient été recus pendant cette époque où l'idiome des aborigènes avait une existence assez vigoureuse pour se maintenir à côté de la langue latine, c'est à dire pendant les premiers siècles de la conquète. A dater de P'arrivée des Barbares sur le sol gaulois, appelés pour repeupler les campagnes désertes, les faibles restes des idiomes indigènes qui avaient survécu à la conquète romaine allèérent s'oblitérant sous l'action des idiomes germaniques. Mais la coëxistence des langues gauloise et latine dura assez longtemps pour qu'on puisse conclure a priori que la langue celtique, image d'une culture, empreinte encore des habitudes sociales des vieilles races de l'Asie centrale, a du laisser des traces dans la lingua romana, sinon dans la syntaxe— cette élaboration si délicate par laquelle une langue s'efforce de rendre sa pensée ne pouvait être que celle de la civilisation supérieure de Rome,— du moins dans son vocabulaire, dans la dénomination des choses de la vie commune. Or, la linguistique française ne nous apprend pas autre chose. Mais quelles que soient les découvertes ultérieures, elles pourront modifier nos connaissances sur le nombre de radicaux celtiques appartenant à la langue d'oil, elles ne sauraient altérer les résultals fondamentaux obtenus par la méthode critique, due aux travaux de l'éminent professeur Frédéric Diez, ce guide si sr dans l'étymologie parfois bien épineuse des langues romanes.
Je surpasserais de beaucoup le cadre de mon travail, si j'entreprenais de montrer quels changements ont subis dans leur marche à travers les siècles et sous l'action des vicissitudes de Phistoire les noms des peuples de la Gaulel¹) dont les uns désignent une occupation habituelle, les autres une qualité morale ou bien le caractère topographique de la contrée que les hôtes primitifs avaient choisie pour patrie. Je ne parlerai pas non plus des noms de villes qui, comme ceux des peuples, donnent parfois de précieux indices à l'ethnographie gauloise¹); je me borne à expliquer les appellatifs qui entrent le plus souvent dans la composition de noms de villes et à donner un- glossaire des éléments gaulois que l'étymologie est parvenue à découvrir sous l'alluvion romaine.
Irl. dun, kymr. din(ahal. zun, anglo-saxon tůn, sepes, anc. norois tün, oppidum), castel- lum, castrum, oppidum; Augustodunum, Autun; Eburodunum, Iverdun, Embrun; Castellum Dunum, Chateaudun; Lugdunums), Lyon, Laon, Loudun; Uxellodunum), le Puy⁰) d'Ussolud.
¹) Cfr. Glück. Die bei C. J. Caesar vorkommenden keltischen Namen etc.
²) La plaine de Livière, Liguria apud Narb. urbem, est un souvenir du passage des Ligures sur le littoral de la Méditerranée et le nom des Auscii(Auch, Ausciensis urbs) suffirait à lui seul pour faire connaitre l'origine euske de cette peuplade.
²) Kymr. luch, bret. louchh pl. loucho, gael. loch, marais; écossais mod. loch, lac, si familier aux lecteurs de Sir
W. Scott. ¹) Kymr. uchel, haut, ou selon Zeuss(Gr. celt. p. 147) d'un mot de la famille du néo-cambrien ogyl, vigor, vigorosus. ⁵) Puy-podium: Dunt pris les chefs as puis de Haltoie Ch. R. 491.
Halt sunt li pui et la voiz est mult lunge Ch. R. 1754. Forz chasteaus ont, bien clos de pal Soiant sor roche, sor haut pui. Tristan I, 3109, 10.
2*


