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vieille langue prenant peu à peu la signification péjorative qui devint la cause de leur abandon, on donna hypocoristiquement à la bonne marâtre le nom de belle mère où bellus est pris dans son acception primitive de bonus. 7 4
Il ne reste donc, pour toute action du celtique sur la grammaire française, que l'emploi de la préposition à, anglais to, suivant l'analogie de l'i kymrique pour exprimer un rapport de possession, de parenté: Niez sui au roi de France le raigné(G. V.) La fille au bon duc de Bourgoigne. (Amadas et Idoine), et la numération vicésimale(treis vinz, treis vinz et dis) que l'ancienne langue a gardée à côte de la latine.
Ce qui nous reste du dictionnaire des anciens Gaulois se réduit à quelques noms de dieux, d'hommes, de peuples, de lieux, de plantes, ou recueillis par les anciens écrivains grecs et romains depuis Plolémée et Pline l'ancien jusqu'au fameux Marcellus Empiricus, médecin de Théodose le Grand, dont M. J. Grimmi) a, le premier, expliqué les recettes médicales, amulettes et charmes écrits en langue gauloise, ou retrouvés sur différents points de la vaste étendue de pays habitée par les peuples de race celtique dans les inscriptions de médailles, de bas-reliefs, vases, lames etc. La science moderne est parvenue à les expliquer à l'aide de l'ancienne langue des Irlandais, sujette comme toute création humaine à la loi du changement et consignée dans des textes qui ne présentent pas méme un vocabulaire tant soit peu complet des objets primitifs et antécivilisés, et des dialectes néo- celtiques dont on ne peut user qu' avec une critique des plus méticuleuses mélés qu'ils sont d'élé- ments latins, germaniques et français. Cette disette d'anciens monuments gaulois explique pourquoi. malgré les savantes recherches des J. Grimm, Zeuss, Dieffenbach, Glück, Mone, Pictet dont j'ai con- sulté les consciencieux travaux, la reconstruction de la langue des peuples autochthones de la Gaule est si peu avancée que ce n'est non seulement une langue morte, mais encore une langue à peu près inconnue. Quant au dictionnaire de l'ancienne langue gauloise, la restitution authentique en serait d'une importance d'autant plus grande pour l'étymologie de la langue d'oil qu'il s'y trouve un plus grand nombre de mots refractaires à l'analyse qu'on ne le croit communément. Que dans le nombre et notamment dans le dictionnaire des patois il y en ait d'origine celtique, c'est à des in- vestigations ultérieures de décider. Si les résultats que l'étymologie a obtenus déjà n' excluent point la possibilité de découvrir encore d'autres éléments celtiques dans les anciens dialectes de la langue d'oil— car quelque étendue que soit notre connaissance de l'ancienne langue française, les documents mis en lumieère jusqu'ici sont loin de nous en fournir le dictionnaire complet— l'induction historique me porte à en admettre la probabilité.
La conquéte romaine fit entrer la société celtique, peu concentrée dans les villes, mais affectionnant de préférence les campagnes, dans le moule de l'organisation sociale de l'Italie, fait d'une immense portée pour la propagation de la langue latine; mais ce changement n'a pu s'opérer que bien lentement et ne se fit jamais d'une façon assez complète, du moins dans le centre et vers le nord, pour donner à la Gaule cette prépondérance presque exclusive des villes qui, avec la non- existence des campagnes, constituait le caractère distinctif de la société de l'Italie.
Que des débris de la société autochthone, les serfs et les couches les plus basses des po- pulations des villes aient continué à se servir de l'ancienne langue du pays jusqu' au-delà du 7 siècle, comme le veut M. Burguy²), cela ne me parait d'aucune portée. Réduit à une existence si
¹) Jacob Grimm. Ueber Marcellus Burdigalensis. Jacob Grimm u. Adolphe Pictet: Ueber die Marcellischen Formeln. ²) Glossaire Introduction X.


