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graiennes¹) où périt la petite tribu ligurienne des Stoenes*); la colonisation de Narbonne*) et d'autres villes gauloises furent autant d'étapes dans l'exécution des desseins de Rome. Les colonisations romaines, organisées par l'autorité publique dans un but militaire, étaient systématiques): venant à la suite des légions, les colons qui en vérité n'étaient que des membres détachés de la cité en continuaient l'oeuvre de la conquête. Narbonne destinée à devenir la rivale de Massalia vit bientêt refluer dans ses ports le commerce de l'Afrique, de la Sicile, de l'Espagne et de l'Italie.
Dans la guerre civile de César et de Pompée, Massalia comme toute la Narbonnaise servit avec chaleur la cause de ce dernier; bloquée par mer et par terre, dépeuplée par la famine et des maladies pestilentielles, la ville se rendit à discrétion. Cependant malgré la haine que le conquérant lui portait, et bien que le droit des gens l'autorisat à punir sévèrement une population qui avait violé de la facon la plus perfide la trève qu'elle avait implorée, César, en considération de son an- tiquité et de sa renommée, la traita avec douceur, respecta sa liberté et se contenta des mesures indispensables pour la maintenir Hans l'obéissance.⁵)
Massalia comme toutes les colonies grecques était devenue un centre d'hellénisme. Ses citoyens qui, dans leur nouvelle patrie, cultivaient les lettres et les sciences exactes et d'observation avec autant d'éclat que l'Jonie elle-méme joignaient à P'intégrité des moeurs devenue proverbiale⁰) cette gräce naturelle qui fut le partage de la race ionienne. Ces qualités leur valurent l'affection des villes gauloises ou liguriennes, ouù affluaient les paisibles trafiquants, fondant des comptoirs et propageant avec le besoin de leurs marchandises leur langue et leur civilisation. Dans plusieurs de ces villes le grec était répandu à côté des idiomes autochthones.
Malgré la carrière si brillante de la colonie phocéenne, son idiome a eté pour bien peu dans la formation de la langue d'ofl. Les longues relations commerciales et d'amitié que Massalia entretenait avec Rome avant d'etre engagée dans ses guerres civiles, y avaient introduit de bonne
¹) Kymr.: craig, gael. creag, crag, angl. crag, fr. crau, nom de cette plaine immense, couverte de cailloux, située entre la mer et la ville d'Arles. Tan de marcs cum ha codols en Crau(Rayn. L. R. I, 294). Alioquin litus ignobile est, lapideum, ut vocant; in quo Herculem contra Albiona et Bergion, Neptuni liberos, dimicantem cum tela defecissent, ab invocato Jove adjutum imbre lapidum ferunt(Mela De situ Orbis II, 5). Il est aisé de reconnaftre sous l'enveloppe mythologique le récit d'un fait réel qui se rapporte évidemment à Parrivée des Ligures en Gaule. ²) Nullusque omnino vel parvulus superfuit qui servitutis conditionem vitae amore loleraret(Oros. V, 14). ²) Narbo avait été jadis le centre de la civilisation ligurienne; située au territoire des Elesykes qui formaient avec les Sordes et les Bébrykes V'Ibéro-Ligurie, elle jouissait d'un graud renom comme ville commerçante et belliqueuse et partagea le sort de l'Ibéro-Ligurie qui, trois siècles avant notre ère, succomba sous les armes des Volkes-Arécomikes. .... Gens Elesycum prius Loca haec tenebat, atque Narbo civitas Erat ferocis maximum regni caput (Fest. Arien. Ora marit. v. 584 sdq.) *) Haec autem coloniae sunt quae ex consensu publico, non ex secessione sunt conditae(Servius ad Aeneid. I, 12). ³) Caesar. B. C. II, 12 passim. ) Ubi tu es, qui colere mores massilienses postulas Plaut. Casina V, 4.
La forme de gouvernement qu' avait adoptée Massalia était fort du goùt de Cicéron qui dans son plai- doyer pour L. Flaccus en fait cet éloge ut omnes ejus instituta laudare facilius possint quam aemulari. Fondé sur des droits héréditaires et depuis les grands développements que prit le commerce de la colonie, sur le cens, la participation du peuple au gouvernement était nulle.


