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classes. Les premiers ont été introduits dans la langue vulgaire par les Laeti. De ce nombre est burgus. Castellum parvum quod burgum vocant, dit Végèce dans son livre De re militari où ce mot apparait pour la première fois. C'est une reproduction du gothique baurgs. Les seconds sont ceux que les Franks, les Bourguignons, les Goths et d'autres tribus ont apportés lors de l'invasion. Les uns et les autres, soit que leur introduction ait été un besoin impérieux et immédiat, causé par le service militaire et les institutions nouvelles, politiques au judiciaires, ou qu'elle ait été l'effet plus lent d'un rapprochement de moeurs comme celle de la majeure partie des adjectifs et des verbes, furent affublés d'une terminaison latine, sans obtenir toujours le plein droit de bourgeoisie dans l'idiome vulgaire. La preuve en est dans les lois de permutation qui ne sont pas les mêmes pour les voyelles germaniques que pour les voyelles latines. Les troisièmes sont dus à l'établissement des Normands dans la Neustrie; mais à cette époque la langue romane était formée, elle absorba en moins de cent ans l'idiome des Scandinaves auquel elle emprunta quelques dénominations locales et un grand nombre de termes de marine
Quelque considérable que ft cette immixtion de l'élément germanique, quelque profonde que fut la perturbation qu'elle causa, le fond primordial résista; il se montra plus fort que l'influence des événements historiques. De même que l'organisme humain affecté de quelque influence hostile fonc- tionne avec un redoublement d'énergie pour la dompter, de même la langue, obéissant aux lois organiques qui en dirigent l’'évolution, rehaussa son action plastique pour s'assimiler les éléments étrangers à son fond primordial et que les événements historiques lui avaient imposés, rejetant ce qui se trouvait incoércible, délaissant ce qui était devenu superflu. Les anciens textes témoignent bien d'une oscillation entre l'analogie latine et la défection, mais l'issue est tout en faveur de l'analogie;, sauf quelques restrictions, la syntaxe de la langue d'oil est latine. La part de l'action historique est dans le vocabulaire, dans la prononciation et la forme des mots.
L'illustre maitre de la philologie romane, M. Friedrich Diez, dont nous avons tous déploré la perte récente, a longuement disserté ¹) sur l'influence que les sons germaniques ont exercée sur la formation du mot roman. Je puis donc me dispenser de revenir à un sujet auquel je n'ai rien à ajouter ni rien à changer. Le célèbre professeur de sanscrit, M. Max Müller qui, pour avoir trouvé une autre patrie en Angleterre, n'a pas cessé d'avoir le coeur allemand, a publié un opuscule ²) plein de remarques judicieuses et intéressantes sur l'influence de quelques mots germaniues sur la forme de mots français. Selon lui l'aspiration dans haut et huller, aujourd'hui hurler du latin altus et ululare est due à l'ancien haut allemand höh et hiwelôon, la formation d'avenir a été inspirée par zuochumft, celle d'aval(ad vallem) par ze tale. La langue anglaise présente un grand nombre de locutions qui sont une traduction littérale de la locution française— to put to death, de mettre à mort— et je ne vois pas pourquoi la langue française n'aurait pas usé de la même industrie à l'égard des idiomes germaniques. M. Max Müller attribue encore à l'influence du germanique l'abandon de tel mot latin pour tel autre qui présentait aux Germains quelque analogie avec les sons accoutumés. Ainsi sinere à été délaissé pour laxare, à cause du gothique letan, ancien haut allemand làzan, segnis fut remplacé par laxus, gothique lats, ancien haut allemand laz, ignis par focus à cause de
1) Grammatik der romanischen Sprachen I 253 sqq. 2) Ueber deutsche Schattirung romanischer Worte; in Kuhn's Zeitschrift V, 11.


