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exprimer tout ce qu'il y avait de poësie et d'imagination dans l'äme de la société rajeunie, elle tra- duisit sa pensée dans la pierre ou la fit étinceler sur les vitraux. L'art gothique, opus francigenum ¹) comme on l'appelait en Allemagne jusqu'au 14° siècle, se dégagea de l'art antique comme la langue du pays qui le vit naitre se dégagea de la langue latine Le moyen àâge, en refaisant les instruments de pensée et de civilisation que Rome lui avait transmis, leur donnait la forme qui répondait à ses besoins. Lorsque les Germains envahirent la Gaule, tout y était romain en apparence; en réalité la race primitive avait survécu à la conquète et les conquérants étaient en trop petit nombre pour s'y substituer. Les Romains avaient imposé leur langue aux Gaulois, les Gallo-Romains la transmirent à leurs vainqueurs. Si la langue francaise a pour fond le latin, les Français se glorifient d'avoir pour ancétres les anciens Gaulois, vainqueurs de l'Allia Cependant cette absorption des idiomes zermaniques par la langue de Rome, expression et instrument d'une culture intellectuelle supérieure, ne s'opéra pas sans une profonde perturbation de l'organisme qui, forcé par les événements historiques, s'incorpora près d'un millier de mots. Plus de cinquante que nous rencontrons dans les lois des peuples barbares n'ont point passé dans les langues romanes. Cela s'explique encore par les circon- stances historiques. Cette unité factice de l'empire de Charlemagne n'était au fond qu'une juxtapo- sition de différents peuples. Le Frank salien vivait selon sa loi, le Frank ripuaire selon la loi ripuaire, l'Klaman, le Frison, le Bavarois, le Romain, chacun selon la loi de sa tribu ou de sa race. Le droit était personnel. Lorsque la fusion des races fut accomplie, il devint territorial. Les termes d'origine germanique recus dans les diverses lois barbares disparurent avec les lois elles-mêemes, en tant qu'ils exprimaint des idées qui se trouvaient incompatibles avec celles par lesquelles étaient régies les lois qui surgirent avec la féodalité Des neuf cents mots germaniques devenus mots romans, la langue romane des Gaules, devenue langue française par la fortune politique des ducs de Francia en délaissa la moitié environ au quatorzièeme siècle, c'est-à-dire au moment ouù cette institution toute germanique du monde féodal s'affaisse et dépérit. Linsuffisance du dictionnaire pour exprimer les nouvelles idées était telle qu'un traducteur lorrain des psaumes reconnait, en 1365, qu'il faut que „par diseite des mos francois disse lou romans selonc lou latin.“ Les sources auxquelles la langue »'adressa pour remédier à cette pénurie, coulèrent avec abondance. Elle enrichit son dictionnaire d'un grand nombre d'acquisitions nouvelles puisées dans le latin théologique*), employé désormais aux discussions politiques, dans les traductions d'auteurs anciens ³), dans le langage judiciaire, remanié par les clercs de droit au bénéfice de la langue vulgaire. La réaction contre la féodalité devint une réaction de l'élément latin contre l'élément germanique qui disparait de la littérature.
Les mots d'origine germanique admis dans la langue romane des Gaules se divisent en trois
1) Springer, Handbuch der Kunstgeschichte. p. 185.
2) Iniquiteit, miséricorde, redemption, ce dernier appartenait déjà à la langue vulgaire sous la forme de raançon, aujourd'hui rançon.
3) Pierre Bercheure, traduisant Tite-Live donne à sa langue les mots de cohorte, colonie, magistrat, tribun du peuple, fastes, faction, transfuge, sénat, triomphe, auxpices, augure, inauguration. Oresme qui traduit Aristote sur le latin parait avoir hasardé le premier: monarchie, tyrannie, démocratie, aristocratie, oligarchie, despote, démagogue, sédition, insurrection. IIs est facile de distinguer les mots d'origine savante d'avec les mots de formation spontanée Les premiers sont faits avec les yeux: ils sont un calque servile du vocable latin, les seconds sont faits avec l'oreille: ils conservent l'accent latin, suppriment l'atone brève et la consonne médiane.


