Aufsatz 
Die geschichtliche Entwicklung der französischen Sprache, 2. Teil. Die germanische Invasion / von Ludwig Ehlers
Entstehung
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victorieuse de Chlodovech vers le Midi. II y a donc tout lieu de croire que, dans ces rapports de deux siècles, leurs chefs au moins s'étaient familiarisés avec la civilisation et la langue de Rome. Chlodovech lui-méème parlait le latin avec autant. de facilité que la langue de son pays. Le caractère pacitique de l'occupation des Bourguignons et cette bonhomie qu'Orose¹) leur reconnait, avaient créé de bonne heure des rapports avec les Gallo-Romains qui ne manquaient pas d'une certaine cordialité. du moins de la part des naifs enfants de la Germanie II n'est pas douteux qu'il n'y euùt parmi eux bon nombre d'individus auxquels la langue latine n'était pas tout-à-fait étrangère Leurs rois s'en servaient dans leurs négociations avec les évêques et les autres cours barbares. La coëzistence des races avait préparé le sol à l'action de la civilisation romaine L'Eglise avait beau jen lorsqu'elle enseignait aux convertis la langue dont elle se servait dans ses offices et ses prières et qui finit par absorber les idiomes germaniques. II fallait que les Barbares échangeassent leur langue nationale pour que Rome put les initier aux idées d'unité et de droit*) sans lesquelles il ne saurait y avoir d'Etat ni de gouvernement régulier. LEglise, romaine d'origine et de sentiments, mais imbue des idées chrétiennes intervint entre les vainqueurs tet les vaincus. Or, de toutes les influences qui agissept sur le caractère humain, l'éducation religieuse est la plus puissante. En enseignant aux. vaincus le pardon et la résignation en la volonté de Dieu, aux vainqueurs la charité, à tous la fraternité, elle effaçait les antipathies nationales qui les séparaient et jetait les fondements de la fusion des races. L'Eglise initia les Germains à la culture intellectuelle de Rome qui finit par dompter C'est ainsi que Rome par la médiation du christianisme devint le lien qui relie

leur barbarie en imposant aux Germains sa langue, elle leur transmit ses

l'antiquité aux temps modernes. sentiments et ses idées, fruit d'un travail intellectuel de bien des siècles de civilisation.

L'influence de la langue sur la pensée est incontestable. Nous aimons à croire, dit M. Max Müller, que nous nous servons de la langue comme d'un instrument utile et facile; cependant il se trouve bien peu d'individus, même parmi les plus grands penseurs qui soient à même de se soustraire entièrement à l'influence qu'elle exerce sur la pensée. Avec les mots, les conceptions qu'ils impliquent s'insinuent dans tous les replis de la pensée; très-vagues, tres-indécises au moment oùð les mots sont imposés par le milieu historique nous vivons, l'äme s'en empare et les ayant fécondées de con- ceptions analogues, la vie Intellectuelle des individus et partant des nations se constitue au moyen d'un fond d'idées qui leur sont venues d'en dehors. Les Barbares en adoptant la langue des Romains, subirent p'influence de leur civilisation. Comme c'était l'Eglise qui la leur transmettait, ils confon- daient dans une seule conception la religion et la civilisation de Rome ³). II est impossible de méconnaitre ce fait que les Capitulaires des rois franks attestent à chaque page La poësie romane porte le même caractère: chrétienne dès son début, elle n'a produit aucune oeuvre à la façon de la Chanson des Nibelungs perceut encore les vieux chants de l'Edda.

Le christianisme en s'adressant à l'individu, l'avait émancipé du despotisme de l'Etat qui étouffait les droits de l'homme. Aux idées nouvelles de fraternité, de miséricorde et de pureté se fécondèrent comme à un rayon de la Lumière Eternelle les facultés de l'äme que l'antiquité avait laissées incultes. Il était naturel que la littérature chrétienne portât l'empreinte de la révolution que la Bonne Nouvelle

1) Augustin Thierry. Lettres sur l'histoire de France VI.

2) Laurent. op. cit. passim.

3) Orbis in muta regione per te Barbari discuut resonare Christum Corde Romano, placidamque casti Vivere pacem. Paulinus. Ode ad Nicetam v. 261 sqd.