les ariens prissent racine sur le sol romain. L'opposition religieuse entre la masse du peuple gallo- romain qui suivait la foi de Nicée et les populations germaniques attachées à la doctrine d'Arius s'aggrava encore par la diversité de langues Le service divin des ariens se célébrait dans l'idiome national. En donnant plus de consistance au sentiment de race au milieu d'une population romaine, il rendait plus profond l'abime qui séparait les vainqueurs des vaincus. Ainsi donc, dans la lutte du catholicisme contre l'hérésie arienne il ne s'agit pas seulement de foi religieuse, c'était une des faces sous lesquelles se présentent les guerres des Germains contre l'empire. Avec l'extinction de l'arianisme sur le sol gaulois tombe la barrière la plus efficace que le génie des peuples germaniques avait élevée contre la force d'assimilation de Rome. Le développement des idiomes germaniques sur le sol gaulois était arrété, le latin envahit l'Eglise et partaut la littérature théologique, seuls agents de civilisation pendant l'époque mérovingienne. IIl est très-probable que les lois des Bourguignons et des Visigoths ¹) ne furent rédigés qu'en latin(520).
Chlodovech avait l'ambition de continuer l'empire. Mais comme les branks possédaient aussi peu la puissance d'organisation que les autres tribus germaniques, il fallait bien qu'il s'appuyàt sur les vaincus. Il appela dans son conseil des Romains versés dans le droit que leur souplesse rendait propres aux négociations. Bien que d'une valeur légale inférieure aux Barbares, ils devinrent bientôt, par l'importance de leurs services, les égaux des comtes et des ducs d'origine franke. II y en eut auxquels les rois mnérovingiens confièrent l'administration des provinces ²). Les expéditions militaires où les Gaulois combattaient dans leur attirail romain ³) sous d'officiers indigènes à côté des troupes germaniques contribuaient puissamment à réconcilier les divers éléments qui composaient la monarchie mérovingienne. Mummolus ⁴) qui défit les Saxons et les Lombards qui avaient fait des incursions dans la Gaule, était Gaulois.
Il y avait dans le génie des Franks quelque chose qui parait les avoir prédestinés à fonder un vaste empire. Les plus farouches de tous les conquérants, cruels, vindicatifs, parjures? ils frappèrent de terreur le nord de la Gaule. Mais à mesure qu'ils s'avancent vers le midi, Chlodovech fait preuve d'une modération qu'on ne s'attendrait point à trouver chez un guerrier barbare. Si la religion, d'accord avec la politique, modéra les horreurs de la guerre qu'il apportait au midi de la Gaule, la politique, d'accord avec la reiigion, modéra le mépris que les conquérants prodiguaient à la race vaincue. Rome avait défendu sous peine de mort le mariage avec les Barbares ³). Maitres de l'empire, il était naturel que les Barbares usassent de représailles. La seule*) loi salique ne prohibe pas les unions entre Barbares et Romains et il en fut contracté dès les premiers temps de l'établissement des Franks dans les Gaules.
1) Bröcker, Frankreich in den Kämpfen etc. p. 56.
2) Loebell, Gregor von Tours. p. 141, sq.
3) Bröcker, Frankreich in den Kämpfen p. 54.
4) Greg. Turon. Hist. eccles. IV, 42 sd. Fredeg. III
5) Salv. De Gubern Dei IV, 89.
6) Aëtius avait épousé une Visigothe de sang royal qui rivalisait de hauteur avec les plus nobles matrones du duartier Viminal ou d'Esquilies; Athaülf et Hunérie s'étaient allié Pun la fille, l'autre la petite fille du grand Théodose et Ricimer était gendre de l'empercur Anthémius. Ces unions internationales sont une preuve de plus du rôle écrasant que jouaient deès lors les Barbares dans l'empire.
7) Lex. Visig. Lib. III Tit. I, I, 1. Lex. Rip. IHt. I. III. art. II.
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