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Nous avons vu que Werther repose sur deux données différentes, le séjour de Goethe à Wetzlar et le suicide du jeune Jérusalem. Les„Ultime Lettere de Jacopo Ortis“ n'ont pas, elles aussi, leur unique origine dans l'imagination seule de l'auteur. Le hasard procura à Foscolo le titre de son roman et le nom du héros. Un jeune homme de la province de Frioul, Jacopo Ortis, étudiant à l'Université de Padoue, s'était donné la mort de deux coups de poignard. Il descendit dans la tombe sans que personne ne sút jamais les motifs qui l'avaient poussé au suicide. Foscolo s'identifia lui-méme avec ce jeune homme, qui lui était parfaitement in- connu, lui prêta ses propres amours et lui emprunta son nom. De cette manieère il créa Ortis.
Procédons maintenant à une courte analyse de ce roman. Ortis est natif de Venise. Apres le traité de Campo-Formio, lequel mettait fin à l'ancienne république de Venise et livrait cette dernièere aux Autrichiens, il fut proscrit et quitta sa ville natale pour échapper aux persécutions. Il se réfugie aux collines eugéanes où il posséêde une petite propriété. Malgré la promesse donnée à sa mère de chercher la sécurité dans un pays étranger, il sent qu'il lui est impossible de quitter l'Italie.
Aprées quelques semaines, Ortis fait la connaisance d'un de ses voisins de campagne, monsieur T., et de sa fille Teresa laquelle est la fiancée d'un jeune homme nommé Odoardo. Des le commencement de leur connaissance Ortis ressent une aversion décidée pour ce jeune homme patient, minutieux et pédant, dans lequel la froide raison domine toutes les autres tacultés. Teresa, au contraire, exerce, apres quelques jours, une grande influence sur Ortis eêt lui inspire les plus tendres sentiments. Dans une excursion entreprise par monsieur T., sa fille, son gendre futur et Ortis, au tombeau de Pétrarque, Teresa informe son nouvel ami qu'elle n'est pas heureuse, qu'elle n'aime pas son fiancé, mais que son pere la force à l'épouser à cause de sa richesse et de sa noblesse. La mere de Teresa, voyant que sa fille devien- drait malheureuse par ce maxriage, n'avait pas voulu donner son consentement. Elle avait quitté la maison de son mari et vivait avec une des ses sœurs. Au bout de quelques semaines Ortis va à Padoue pour y continuer ses études. L'état agité et inquiet de son àme, qui porte le deuil de la patrie, et son amour pour Teresa ne lui permettent pas d'y rester long- temps. Il revient aux collines eugéanes. Comme le fiancé de Teresa est absent, Ortis la voit presque tous les jours; ils font des promenades fréquentes et jouissent ensemble de la beauté du printemps. Dans une heure d'abandon, Teresa lui avoue son amour, mais elle ne sera jamais à lui. Cet aveu de la jeune fille remplit son coeur du plus sombre désespoir. Enveloppé d'un manteau il erre téete nue dans les champs, presque fou. Teresa, incapable de dissimuler, découvre sa passion pour Ortis à son pere. Celui-ci n'en veut pas à sa fille. Con- vaincu qu'un mariage avec Ortis est impossible, il prie et conjure ce dernier de s'éloigner pour épargner à sa fille de plus grandes douleurs. Ortis quitte les collines eugéanes et commence ses pérégrinations à travers le monde. II erre sans but, sans trouver de repos, en proie à sa passion funeste. A ses plaintes causées par son amour malheureux, se mélent sans cesse des récriminations contre les oppresseurs de l'Italie. A Florence, il se souvient des anciennes guerres civiles et croit voir les spectres des tués se déchirer les uns les autres. A Milan, il trouve que les gens bien élevés ne parlent que le français et que les publications du gouvernement de la république cisalpine sont rédigées dans une langue qui n'est ni ita- lienne ni française. A Rimini, il apprend le mariage de Teresa et d'Odoardo. Des ce moment,


