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ment le suicide; nous avons déjà maintenant comme un vague pressentiment du dénouement fatal du roman.
L'influence et les relations de Werther lui ont procuré une place de secrétaire aupres d'un ambassadeur.
Au commencement, il se trouve assez bien dans sa position; le travail ne lui laisse pas de temps pour penser à Charlotte et il s'acquiert un ami sincere et déevoué dans le comte de C. Mais au bout de quelques mois, Werther trouve qu'il est de toute impossibilité pour lui de s'accommoder au caractère hautain et intraitable de l'ambassadeur. Avec Sa pensée ardente, il ne peut s'asservir à un monotone travail de chancellerie. Sa noblesse d'ame l'empéche de se croire inférieur aux hommes dont le seul mérite est d'avoir une longue série de nobles aleux. Peu à peu ses pensées retournent à Charlotte, quoiqu'il soit informé de son mariage récent avec Albert. Une mortification que Werther éprouve dans la maison du comte C., dont les nobles hôtes se croient avilis par la présence d'un roturier, lui fait prendre la résolution de donner sa déemission. II visite à nouveau les lieux qui l'ont vu naitre, il revoit les arbres sous lesquels il jouait dans son enfance et se rappelle ses espérances décues, ses plans renversés. Aprèes un séjour de quelques semaines chez le prince de...„ il retourneé auprès de Charlotte, entrainé par sa fatale passion Ici il se sent plus malheureux de jour en jour; tout ce qui lui causait autrefois de la joie, lui devient indifférent. La nature, qu'il aimait passionément, lui apparait maintenant froide et terne. Son poete favori, Homere, est remplacé par Ossian, le mélancolique barde écossais. La compassion de Charlotte, l'intérét qu'elle lui porte, augmentent ses tourments. L'idée du suicide prend chez lui, de jour en jour, plus de force et lui apparait comme le seul moyen de délivrance. On pourrait comparer Werther au voyageur que le vertige saisit au bord de l'abime et qui, au lieu de revenir en arrière, s'avance, se penche à l'extremité du roc et regarde en bas jusqu' à ce que la tête lui tourne. Le découragement et le chagrin se sont emparés de son àme et ont détruit l'harmonie de son intelligence. Les angoisses de son coeur consument les dernieres forces de son esprit et il ne lui reste qu'une sombre tristesse. La sagacité et la justesse de son jugement, autrefois si remarquables, se perdent completement. Il va jusqu'à trouver excusable l'action d'un jeune valet de ferme qui tue son rival favorisé. Le projet d'en finir avec sa misérable existence est à ce moment arrèté d'une maniere irrévocable et le suicide devient pour lui une chose réesolue; sur ce point son idée est fixe, inébranlable. Apres une derniere entrevue avec Charlotte, pendant laquelle il se laisse entrainer par sa passion jusqu'à l'embrasser, Werther exécute son sinistre projet, il se brüle la cervelle.
Bien des contemporains de Goethe ne trouvaient dans Werther qu'une glorification du suicide et une peinture passionnée et vraie, mais dangereuse du dégoüùt de la vie, maladie morale tres répandue dans la seconde moitié du dix-huitième siecle.
La these que Goethe a développée n'est pas difficile à retrouver. Werther a beaucoup de qualités supérieures et aimables, ainsi l'idéalité dans la passion et dans le sentiment, la délicatesse d'ame dans l'amour, la perception fine et subtile de la beauté morale. Sa vie est manquée attendu qu'il finit par oublier que l'existence humaine a un but et qu'il est du devoir sacré de chacun de s'efforcer d'y atteindre. Goethe nous retrace dans Werther une situation morale dans laquelle il s'est trouvé lui-méême. Mais s'il a reproduit dans le héros du roman divers traits de sa propre physiognomie, il a gardé pour lui cette force de volonté qui l'a rendu capable de se tirer d'affaire au dernier moment et dont l'absence complèete ne laisse à Werther d'autre ressource que de se donner la mort.


