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combien au point de vue de la forme, la langue française est d'autant plus parfaite et d'autant plus belle qu'elle remonte plus avant. A P'origine du français, les lois de déri- vation, les règles d'accentuation sont rigoureusement observées. Il n'y a pas encore de mots savants qui gàtent la structure de la langue, si belle et si régulière encore au treizième siècle.„Les mots savants“, dit M. Brachet,„sont des taches facheuses dans la- langue populaire, des irrégularités regrettables: ils détruisent la belle ordonnance et Tharmonieuse analogie de l'ensemble.“
I.
Accentuation des dérivés nominaux.
A. Suffixes accentués.
1) Le suffixe alis devient el en français a) par le changement de l'a accentueé en e,*) b) par la chute régulière de la syllabe qui suit la tonique.
Formes populaires: Aeternalis[pour aeternus dans Tertullien]: éternel, cap(i)talis: cheptel, en provençal captal, hosp(i)talis: hôtel, anciennement hostel, na(t)alis: noël (nadal en prov.), mortalis: mortel, essentialis[dans Isidore]: essentiel, pluralis: pluriel, anciennement plurel,**) vo(c)alis: voyelle et d'autres.
Formes savantes: L'a du suffixe reste intact dans les mots d'origine savante; ils conservent la consonne médiane et la voyelle atone: légal de legalis ſla forme populaire de legalis est loy-al qui quoiqu'elle ait conservé l'a du suffixe, perd le g médial, ainsi re(g)alis: royal.], local(localis), hpital(hospitale), caporal(d'origine italienne de caporale), corporal(linge bénite) de corporalis, natal(natalis), capital, cardinal, digitale, fédéral, final, vocal, provincial, pastoral etc.***).
2) Le suffixe amen donne ain, aim, †) et en; ainsi imen et umen ont donné in et ain, on et un;
*) pour la transition de a en e, voyez adsatis(en prov. assatz): assez, casa: chez ſavait à J'origine le sens de maison: il est en chez= est in casa], amarus: amer, clavis: clef, carus: cher, gratum, en provençal grat: gre, nasus: nez, pratum, en prov. prat, en vieux franç. pred: pre, talis: tel et tous les verbes en are= er.
**) pour la diphthongaison de l'e accentué, comparez ferus: fier, bene: bien, pe(d)em: pied, heri: hier, tenet: tient, venit: vient, melius: mieux et d'autres.
***) Dans cette revue de mots, je laisse à côté tout mot de formation nouvelle, c'est-Aà-dire tous les mots d'origine purement française, tels que jour-nal, bleu-âtre, brun-âtre, band-eau, drap-eau, art-iste, dent-iste, royal-iste, ân-esse, maitr-esse, pécher-esse, craint-Hj, plaint-if, change-ment, ménage-ment, etc. etc. qui sont très-nombreux dans le dictionnaire frangçais. Tous ces mots que M. Brachet appelle„dérivés français“ portent des suffixes formés sur le moddèle des suffixes latins, mais ils n'ont point de correspondants dans la langue latine et ont été dérivés de première main par le français. Les suffixes que le frangçais a le plus employés pour ces formations nouvelles sont les suivants: ier(er), atre, esse, el, eau, iste, if, ment, eux, ique etc.
†) a devient at devant m eten quand ces consonnes ne sont pas suivies d'une autre consonne; cf. amo: aame, manus: main, fames: faim, panem: pain, lana: laine, damus(dama): daim, ramus: rain(v. f.), rana: raine(v. f.) septimana: semaine; comparez le suffixe an us, page 8.


