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Tous les mots restés dans la langue française, au moment ouù celle-ci se dégageait du latin, conservent l'accent tonique sur la voyelle qui le portait en latin. Mais longtemps après la mort du latin, vers le commencement du douzième siècle quand le sentiment de Taccentuation s'était totalement perdu, il entre dans le français un nombre de mots qui ne sont point le fruit d'une formation naturelle et spontanée, mais la copie exacte du mot latin écrit, faite par des savants, des clercs, des notaires, qui embarrassés de rendre les idées de Pantiquité dans leur langue calquaient de nouveaux mots sur le modèle du latin. Mais ignorant les règles de l'accentuation latine ils appliquèrent leur manière d'accentuation, c'est-à-dire le système français qui met toujours l'accent tonique sur la dernièdre syllabe sonore,“*) aux mots qu'ils introduisaient dans leur langue et de là vient le déplacement de Taccent latin qu'on remarque dans un si grand nombre de mots français. Mais ces mots ne sont point d'origine populaire; ce sont des mots d'origine savante, des mots artificiels faits avec les yeux et non pas avec l'oreille.
L'introduction de ces mots commence au 12e siècle, elle augmente au 13e, et au 14, on voit apparaitre ces néologismes en si grand nombre toujours croissant qu'au seizième sidècle, sous Pinfluence de l'Italie et par suite de la renaissance des lettres antiques, la langue en est complétement inondée. Cette formation de mots fut arrétée, pour quelque temps, par Malherbe et ses efforts de réforme, mais depuis notre siècle, elle a continué de produire sans cesse des mots nouveaux. La science et l'industrie de nos jours ont introduit dans la- langue moderne une foule de ces créations artificielles qui, il va sans dire, ne peuvent servir à prouver les règles ci-dessus établies, mais en même temps minfirment en rien leur valeur.
Le parler populaire latin n'avait déjà plus la voyelle atone; il prononçait moblis, rigdus, debtum, comptus, copla, fraglis, portcus**)
Les savants restituèrent cette voyelle d'après le mot écrit et dirent tout contrairement au génie de la langue vivante mobile, rigide, compũt, copüle, fragile, portique, tandis que la langue populaire conservait l'accent et formait régulièrement de moblis meuble, de rigdus roide(rai de), de comptus compte, de copla couple, de fraglis fréle, de portcus porche.
C'est donc un moyen sur pour reconnattre au premier coup d'oeil les mots savants que la fausse accentuation, le déplacement de l'accent latin. Mais il y a
*) ef. Gaston Paris, Sur le rôle de l'accent latin, p. 13: PLaccent tonique est toujours en français sur la dernière syllabe des mots à terminaison masculine, sur la pénultième des mots à terminaison féminine, en d'autres termes sur la dernière syllabe sonore.
De meme Brachet, Grammaire historique, p. 140: En français,Al'accent tonique n'occupe jamais que deux places: la dernière quand la terminaison est masculine(chanteur, nimér, finir), l'avant-dernière quand la terminaison est féminine(sauväge, vérre, pörche).„
Bernhard Schmitz, Franz. Grammatik, p. 34, 1b:„Der Ton liegt auf der letzten volllautenden Sylbe der Wörter.“.
Diez, Grammatik I, p. 508:„Nirgends ist die Stelle des Accentes leithter anzugeben, als im Französischen: die Wörter mit männlicher Endung haben ihn auf der letaten, mit weiblicher auf der vorletzten Sylbe.
Littré, Dictionnaire, au mot„accent’:„Le français, quoiqu'on en ait dit, a un accent très-marqué: raccent en chaque mot se trouve sur la dernieère syllabe, si elle n'est pas terminée par um e muet, et sur T'avant- dernidère, si la dernière est terminée par un e muet.
**) Sur la chute de la voyelle atone dans le latin vulgaire voyez Schuchardt, Vocalismus des Vulgärlateins II, 399 ff.:„Nach der Tonsilbe“: caldus= chaud, virdis= vert, homnem= hommo; et II, 421 ffr:„Vor der Ton- silbe“: drectus= droit(pr. dreit), albastro= albatre, Disderius: Didier.
Sur la suppression de la consonne médiane: Voyez Sch. I, 129: sedeim, Austa, Austus; II, 313: statuum etc.; II, 461: reine(regina), venti(viginta) maestro et beaucoup d'autres: pour la consonne 5 I, p. 128, II, 480, 511, 518, III, 64, 302; pour c, I, 128, III, 65; pour g I, 37, 129, II, 313, 322; pour v II, 509, 516, 519; pour, s
II, 44, 352— 359.. 4


