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savait combiner les éléments les plus hétérogenes de la vie, pour en faire un tout idéal.«(Anmerk. z. R's. N.) Sainte-Beuve s'est récrié contre ce jugement:»Goethe, toujours plein d'une conception et d'une ordonnance supérieures, a essayé de trouver dans»le Neveu de Rameau« un dessein, une com- position, une moralité: j'avoue qu'il m'est difficile d'y saisir cette élévation de but et ce lien. J'y trouve mille idées hardies, profondes, vraies peut-éêtre, folles et libertines souvent, une contradiction si faible qu'elle semble une complicité entre les deux personnages, un hasard perpétuel et nulle con- clusion, ou, qui pis est, une impression finale équivoque.«(Causeries du Lundi III. p. 311.) Pour expliquer au public allemand les noms propres du»Dialogue«, Goethe ajouta à sa traduction des „»Remargques« que je me réserve d'examiner un peu plus bas, parce que les rapports personnels dans lesquels Goethe s'est trouvé avec quelques Français dont j'ai encore à parler, peuvent lui avoir aidé à former les opinions qu'il y émet sur plusieurs écrivains français du dix-huitième siècle. Sa traduction du»Neveu de Ramean« achevée, Goethe avait renvoyé le manuscrit, et, lorsque, en 1816, les éditeurs des Oeuvres de Diderot annoncèrent l'existence d'un»Dialogue« inédit de l'auteur, personne ne sut: oùð le trouver. Alors on publia une traduction française(1821) du travail de Goethe, qui passa pour l'original, jusqu'a ce que celui-ci fut découvert et publié, en 1823. Goethe se réjouit beaucoup de cette trouvaille:»Le gain le plus net des Français qui ont bien voulu s'occuper de mes ouvrages est la publication du»Neveu de Rameau« par Diderot, chez Brière.«(à Boisserée, 12. déc. 1823). Toute- fois, il n'est pas probable, que ce manuscrit, trouvé chez Mme de Vandeuil, fille de Diderot, fút celui que Goethe traduisit. Diderot avait, selon son habitude, fait faire plusieurs copies de son ouvrage, et, peut-etre, est-ce l'exemplaire qui se trouve à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg qui servit à Goethe.
L'écrivain français qui, apres Diderot, occupe le plus de place dans la correspondance entre Schiller et Goethe est Mme de Stasl. Le grand rôle politique de Necker, père de Mme de Stabl, pen- dant le règne de Louis XVI et dans les commencements de la révolution, avait attiré tous les regards sur lui. Déjà en 1781, nous voyons Goethe occupé à lire son»Compte-rendu de v'état des finances de la France«:»Le»Compte-rendu« de M. Necker«, écrit-il,»est un excellent ouvrage, un legs immense fait au monde et à la postérité.«(à Mme de Stein, avril 1781.) En septembre 1785, il lit son livre»De Administration des finances de la Francec. La gloire du père rejaillit sur la famille entière: On sut bientôt, à Weimar, que Mme Necker avait à Paris un salon, ou se réunissait une sociér⁰ choisie, et où l'on faisait bon accueil aux étrangers; on apprit que la fille unique du grand ministre était une personne instruite et fort spirituelle. Lorsque parurent les premiers ouvrages de Mlle Necker, devenue Mme de Stabl, les»Lettres sur J-J. Rousseau«(1787) et T' Eloge de M. Guibert«(1789) la»Correspondance« de Grimm les fit connaitre au publie de Weimar par un article plein d'éloges. C'est pourquoi l'on ne s'étonne pas de voir Goethe et Schiller, en 1794, tomber d'accord pour publier dans les»Heures« une traduction de' Essai sur les Fictions« du meme auteur.»Vous y trouverez beaucoup de bonnes idées«, écrit Goethe,»mais elle se contredit souvent, parce que, avec bien du parti pris, elle est in- telligente et honnete. On fera bien de lui envoyer notre traduction, afin d'ouvrir ainsi la danse des »Heures« dans la France régénérée.«(15. oct. 95) L'année suivante, Goethe annonce à Schiller un autre ouvrage de Mme de Staël, l'» Essai sur l'influence des passions«:»Il est très intéressant et plein d'ob- servations spirituelles, fines et hardies, faites dans le grand monde ou vit l'auteur.«(30 nov. 96.) Et encore, à propos du meme écrit:»Rien u'est plus intéressant que de voir cette nature passionnée passer par le feu purifiant d'une révolution, à laquelle elle dut prendre une part active, et ne garder en elle que ce qui est spirituel et humain(das Geistreichmenschliche)«.(5. déc. 96.) II eut l'idée de traduire cet ouvrage pour les»Heures«, mais ne donna pas suite à son projet. Les quelques


