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»Nouvelles«(Mirza, Adélaide et Théodore, Pauline) parues en 1795, furent, de la part de Schiller, l'objet d'une critique fort sévère, qui en veut à la personne meme de l'auteur qu'il appelle exaltée, raisonneuse, vide de poésie, manquant de graces féminines,»elle sort de son sexe et ne s'élève pas au-dessus de lui«(20 juillet 98). Sans souscrire à cette condamnation, Goethe répond, le lendemain, que, dans les romans de Mme de Stabl, il n'y a que de la passion de tete«(sie sind passioniert gedacht). L'ouvrage»De la Littérature«, paru en 1800, fut envoyé à Goethe, de Paris, par Guillaume de Humboldt. Malheureusement nous n'avons plus la lettre à cet ami, dans laquelle Goethe portait un jugement de l'ouvrage; mais la réponse de Humboldt en laisse entrevoir Pesprit bienveillant:»Votre jugement du livre de Mme de Staël m'a beaucoup réjoui. II porte le cachet de l'équité qu'on lui re- fuse trop souvent. Il me semble, comme à vous, que le cercle où l'a bannie son édncation française la gene, et qu'elle tend à s'en dégager, sans pourtant y parvenir«(10 oct. 1800). Humboldt voyait beaucoup Mme de Stasl, à cette époque. C'est lui qui, plus que tout autre peut-etre, lui fit désirer de connaitre la littérature allemande et, en particulier, les ouvrages de Goethe.»Madame de Stasbl«, écrit- il à ce dernier,»vous estime fort, et elle serait charmée que vous voulussiez lui dire, ou lui faire dire, quelques mots«(30 Mai 1800). C'est cette weme année que Mme de Stabl écrit à de Gérando „»j'apprends l'allemand«. Le roman de» Delphine«, en 1802, fit une véritable sensation à Weimar. J. F. Richter trouvait que»Delphine«, réduite à un volume,»pourrait devenir la meilleure institutrice des Allemandes.«(à Böttiger, 18 mars 1802).
De son côté, Mme de Stabl, dont l'intéret pour la littérature allemande était entretenn par des hommes tels que Schlegel et Villers(le traducteur de Kant), n'attendait que le moment de venir contempler, de ses propres yeux, et dans le pays meme, cette aurore poétique et philosophique qui se levait sur l'Allemagne. Quand donc le Premier consul Bonaparte, irrité de l'opposition secrète que lui faisait cette femme qu'il avait en vain cherché à gagner à sa cause, l'envoya en exil, c'est le chemin de l'Allemagne qu'elle prit aussitét. Après une courte station à Francfort-sur-le-Mein, elle arriva à Weimar, vers le milieu de décembre 1803. Dans ses»Annales« Goethe nous a raconté, avec quelques détails, l'accueil qui fut fait à Mme de Staël; très empressé de la part de la cour, il le fut moins de la part des hommes de lettres. Schiller, qui était justement occupé de la composition de son Tell, souffrit des interruptions apportées à son travail, et Goethe, qu'un catarrhe empecha, pendant plusieurs semaines, de voir Mme de Staël, ne lui témoigna finalement qu'une humeur chagrine et rétive.
On regrette de le dire, Goethe avait des préjugés à l'égard de la célèbre voyageuse. Tout en admirant son talent, il redoutait sa sensibilité féminine et sa vivacité française. Comme Schiller, il craignait de ne pouvoir lui faire comprendre sa»religion« de poète et de philosophe. L'épreuve montra qu'il l'avait jugée trop légèrement. En dépit de toutes les petites impatiences qui lui échappent contre la dame qui»s'obstine à rester«, ou qui»s'entete dans ses idées« il est pourtant facile de discerner, chez lui, comme chez Schiller, un secret plaisir, une véritable satisfaction du charme gouté dans la société de cette femme d'élite. Peu après sa première entrevue avec Mme de Stabël, dans le salon de la duchesse, Schiller écrit à Goethe:»En elle rien de faux, ni de maladif; on se trouve bien dans sa société, elle représente l'esprit français dans ce qu'il a de plus exquis; son intelligence est du génie; la clarté de son esprit, sa vivacité, et la fermeté de son caractère font du bien. Elle est de toutes les personnes que je connais la plus vive, la plus militante, la plus causeuse; mais aussi la plus instruite et la plus spirituelle; je la vois souvent.«(21. dec. 1803.) Goethe l'appelle, dans une lettre à Zelter, de cette époque,»une femme rare, avec laquelle il est facile de vivre«.(27 fé- vrier 1804.) Cependant il y eut des rencontres assez vives entre Goethe et Mme de Statl. Les »Annales« les décrivent de la manière suivante:»Mon mauvais génie se réveillant sous le feu de


