Aufsatz 
Goethe et la Littérature francais
Entstehung
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peinture«. Voici comment il s'exprime sur la manière dont il a exécuté son plan de commentaire: »Je m'entretiens avec Diderot, je le blame quand il s'éloigne de la bonne voie, je me récrie contre ses paradoxes, je m'extasie sur la vivacité de ses apergus, son éloquence m'entraine; et, si dans la discussion je garde le dernier mot, c'est parce que jai affaire à un mort.«(Aveu du traducteur). Cette traduction parut dans les»Propylées« de 1798. Liintéret pour Diderot venait alors de se ranimer par la publication de ses Oeuvres, en quinze volumes, éditées par Naigeon. Parmi les nombreux inédits qu'elles contenaient, il y avait les»Salons« de 1759, 1765 et 1767; ce dernier, le meilleur de tous, fit surtout les délices de Goethe, et il est facile de voir qu'il en profita pour son Introduction auæ Propylées.

Goethe faisait grand cas des opinions de Guillaume de Humboldt et se laissait ordi- nairement influencer par elles; c'est pourquoi je crois devoir citer ici un jugement curieux que celui-ci porte sur Diderot dans une lettre à Goethe du 18 mars 1779:»N'avez-vous pas remarqué que Diderot n'est à aucun endroit de ses éerits ce qu'il devrait y etre? La ou il est censé raisonner, il fait des images, et ou il devrait se laisser aller à son imagination, il argumente. Quand il juge des tableaux, il en parle comme de poèmes, et les figures du poète, il les met sur la toile. Sans cesse l superpose un art à un autre et n'en juge aucun avec impartialité, car il ne sent pas les qualités distinetives des différents arts, ni ce qu'ils ont de commun entre eux.. Bien qu'il semble toujours viser la nature, il ne faut pas s'y méprendre; ce n'est pas la nature comme telle, qu'il a en vue, mais le contraste qu'elle forme avec ce qui est artificiel et faux(die Unnatur); de meme aussi, la réalité ne lui apparait que contrastée avec ses signes. Son fort est de causer et de raisonner, en confondant toujours, et d'une manièeregéniale«, toutes les images et tous les signes. Il a le don rare des rap- Prochements rapides des objets les plus divers, le talent de donner des couleurs aux pensées, et de faire entrevoir les pensées à travers les couleurs. Ce jeu, en apparence arbitraire et futile, est pour- tant si habile, que le lecteur le plus sérieux y prend plaisir et en profite.«

Vers la fin de 1804, Schiller envoya à Goethe un manuscrit du»Neveu de Rameau, Dialogue«, par Diderot, en lui demandant, s'il serait disposé à en entreprendre la traduction. Bien que cet ouvrage fuůt venu en Allemagne avec la Correspondance de Grimm, il ne semble pas due Goethe en eut pris connaissance jusque la.»Je me chargeai volontiers de cette tache«, éerit Goethe dans ses Annales(1804),»car j'avais toujours été tres épris, sinon de la manière de voir et de sentir de Diderot, du moins de son talent d'écrivain, et je trouvais cet ouvrage des plus distingués. Je n'avais jamais rien lu de plus hardi, de plus spirituel, de plus immoralement moral.« Schiller avait regu le manuscrit du libraire-éditeur Goeschen, de Leipsic. La traduction de Goethe, commencée en décembre 1804, fut terminée en février de l'année snivante, et envoyée à Leipsic, pour y etre imprimée, au mois de mars; elle parut à Paques de la meme année. Une comparaison attentive de la traduction avec l'original montre que, si le travail de Goethe est, en général, fidèle à l'esprit du texte, il ne l'est pas toujours à la lettre. On y remarque des omissions, des passages traduits trop librement et meême des erreurs, provenant de ce que le traducteur n'a pas bien saisi le sens de l'expression française.(Voir sur ce sujet dans le Goethe Jahrbuch III un article de L. Geiger.) A la suite de sa traduction. Goethe donne son avis sur la valeur de l'ouvrage de Diderot:»Le Neveu de Rameau est un des meilleurs ouvrages de l'auteur. En choisissant la forme du dialogue, il s'est avantagé de son talent prodigieux de causeur, et a produit un chef-d'oeuvre qu'on admire toujours plus, mieux on le connait. L'ouvrage est aussi heureusement congçu qu'exécuté. Sa nation, meme ses amis, disaient à Diderot qu'il savait écrire de belles pages, mais non un livre. Ceux qui jugeaient ainsi n'avaient pas lu»Jacques le fataliste«, ni surtout»Le Neveu de Rameau« qui prouve jusqu'à quel point Diderot