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parole, et où le rôle du Conseiller développé nous aurait probablement encore davantage initié à la bensée de Goethe sur la Revolution frangaise.
En novembre de l'année 1794, Goethe envoya à Schiller, pour etre publiée dans les»Heures«, l'introduction de ses» Entretiens d'émigrés allemands«. Nous y voyons une famille que la politique a désunie, chercher à se distraire de ses préoccupations, en écoutant des récits dont l'intéret est purement humain. Or, cette situation est une image de ce que Goethe eut alors souvent sous les yeux; car on sait que, à Weimar meme, la société était tres divisée sur la politique du jour. Tandis que la duchesse et ses intimes vouaient une haine passionnée aux idées libérales, Herder et Knebel, entre autres, se prononçaient souvent en leur faveur avec beaucoup de hardiesse. Mais c'est plus spécialement au cercle qui se réunit chez Jacobi, à Pempelfort, en 1792, que nous reportent les»Entretiens«. Goethe s'y était servi du moyen qu'emploie le vieillard du livre de raconter des histoires, pour calmer les esprits surexcités par les progrès menaçants de la révolution de France. Peut-etre meme que les récits du livre sont, en partie du moins, ceux qu'il raconta alors. Deux d'entre eux, le second et le troisieme, sont empruntés aux Mémoires de Bassompierre. La reproduction est meme si fidèle, qu'on pourrait presque l'appeler une traduction de l'original; il n'y a guère que les noms de personnes et de lieux qui soient de l'invention de Goethe. Et, lorsqu'on pense que Mme de Stein appelait l'ouvrage français „très connu«, on s'étonne un peu de la hardiesse de Goethe, qui osa incorporer ces deux récits à son œuvre. L'ouvrage de Bassompierre avait parn en 1631, et lui-meme était mort quinze ans après, en 1646. Le premier récit des»Entretiens« remonte aussi à une source frangaise. C'est ''’histoire de la mystification dont fut victime Mue Clairon, actrice célèbre et maitresse de décla- mation de Mme de Stasl. Goethe la tenait du prince Auguste de Gotha, qui l'avait entendu raconter à une personne qui était à Paris lors de l'événement, et qui soutenait que c'’était la pure vérité. Le cinquième récit pourrait bien etre tiré de l'» Heptaméron« de la reine de Navarre, si Goethe ne l'a pas trouvé dans les»Ducento novelle« de Malespini. Dans le Conte qui termine les»Entre- tiens«, on a prétendu voir une allégorie politique, ouù les principaux acteurs de la Révolution française seraient transformés en héros de féerie. Le style de l'ouvrage rappelle tautôt Diderot, tantôt Voltaire. »Ma femme«, écrit Schiller,»trouve le dernier conte daus le goũt de Voltaire, et je pense qu'elle a raison«.(29 aoùt 1795.) Et Goethe de répondre:»Je serais trop heureux qu'on vovlat bien y reconnaltre ne füt-ce qu'un seul des démons du vieillard de Ferney«.(7 sept. 95.)
Aux»Entretiens« se rattache le» Voyage des fils Mégaprazon«. C'est un des récits que Goethe lut à ses amis de Pempelfort, dans la circonstance rappelée ci-dessus. Outre les noms de Pantagruel et de Panurge, qui évoquent le modéèéle de Rabelais, on songe encore involontairement aux Romans Philosophiques de Voltaire dont Goethe s'est bien certainement inspiré.»Reinecke le Renard«, écrit en 1792, n'est pas sans allusions à l'histoire française contemporaine; mais elles sont voilées par la fable et ne se laissent entrevoir que faiblement.»Hermann et Dorothée«, comme chacun sait, a pour fond historique l'émigration due à la Révolution française.»Les Prophéties de Bakis«, de 1798, ont aussi trait aux événements de France, et, selon quelques-uns, elles contiendraient meme la prédiction de l'empire et du retour des Bourbons.(Voir Ehrlich, Zu d. Weissagungen des Bakis, G. Jahrb., I.)
Mais l'ouvrage qui, dans P'idée de Goethe, devait etre plus que tout autre consacré à la Révolution française est»La Fille naturelle«.»Dans le plan de cette pièce«, écrit-il,»je me préparais un vase ou j'espérais mettre, avec le plus grand sérieux, tout ce que, depuis des années, j'avais pensé et écrit sur le sujet de la Révolution française et de ses suites.«(Annales 1799.) Malheureusement il en fut de cette pièce comme des»Révoltés«, elle resta inachevée. Le sujet est tiré d'un ouvrage français:»Les Mémoires de Stéphanie de Bourbon-Conti firent naitre en moi la conception de la Fille naturelle«. Goethe y


