Aufsatz 
Goethe et la Littérature francais
Entstehung
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interet. Ce matin j'ai dormi longtems, et à mon reveil mon cœur fut attristé de se trouver si loin de tout ce qui lui est le plus cher. Ce ne sera pas un jour de fete comme l'année passee, je le pas- serai à la cour, à la table de jeu. Que j'aurois souhaité de le celebrer parmi les pres, les rochers et les bois! Bientot il sera tems due nous nous en allons, j'attends ce mercredi avec impatience, les objets perdent tous les jours de leur nouveauté et mon ame commence à s'appesantir. Je ne suis pas assez habile pour cacher à la societe ce manque d'interet, quoique je fasse mon possible, et les femmes surtout sont asses clairvoyantes pour sentir qu'elles ne me sont rien et que je ne veux ne leur rien étre. Avec les hommes il va un peu mieux, mais cela ne pourra durer«. Cette lettre est une des meilleures. Bien qu'il répugne, en un certain sens, de soumettre à la critique du grammairien des lettres écrites dans l'intimité et sans prétentions, un pareil examen est pourtant trop essentiel à mon sujet, pour que je m'en abstienne complétement. Je relève donc, après une lecture attentive des lettres dont il s'agit, les fautes de francais les plus graves qui s'y trouvent:»Tu m'as appris à aimer moi-meme(m'aimer); si jamais je pouerrai(puis); nous avons vu de choses intéressantes(des); cela approche tres-près à celle des singes(de tres près de); d'après que je puis calculer(ce que); je n'ai pas assez de présomption de croire(pour); des idées justes de chacun que j'ai pu voir(chaque per- sonne); c'est comme si cet homme ne devrait pas mourir(devait); je suis bien fäché que nous ne Pouvons pas arranger cela(puissions)(voir Schoell, Briefe Gœthe's an Frau von Stein). Peut-etre est- il permis de remarquer, à cette occasion, que si Goethe, dans son enfance, avait appris le français à laide de la grammaire et non, comme il dit lui- meme,»sans grammaire et sans lecons«, il ent acquis l'assurance qui lui manqua toujours dans l'emploi par écrit du français. Vers la fin de sa vie encore, nous le voyons s'excuser, dans une lettre à Reinhard, de ne point avoir reconnu une civilité dont il avait été l'objet»parce que«, dit-il,»il m'aurait fallu le faire en français, et vous savez que je redoute T'éerire en cette langue«(le 11 mai 1830).

Le séjour de Goethe en Italie(1786 à 88), en le retrempant aux sources de l'antiquité classique, acheva de le gagner au culte de la forme et, en meme temps, le rapprocha de la tragédie frangaise. En effet, l'examen d'»Iphigénie« et du»Tasse« montre l'observation stricte des trois unités, et le petit nombre des personnages, les longs discours, le manque d'action, l'élégance de l'expression, sont autant de ressemblances avec les pièces de Racine. C'est à peine si Goethe peut se résoudre à rema- nier les pièces de sa jeunesse qui ne sont plus de son gout: En parlant d' Egmont« il dit:»Si j'avais à le refaire, je le ferais autrement, ou pas du tout; mais, puisqu'il est fait, qu'il reste; je n'en effacerai que ce qu'il y a de trop déboutonné et de trop juvénile dans le style et qui ne répond pas à la dignité du sujet«. Lorsque, en 1804, il s'est laissé persuader d'adapter son»Goetz« à la scène, il déclare due la chose était presque impossible, vu que le plan originaire était absolument»anti-théatral«.

Ce qui, dans les années qui suivirent son retour d'Italie, attira l'attention de Goethe du côté de la France, ce fut moins la- littérature, que la politique. Je ne crois pas sortir de mon sujet en parlant de l'effet produit par la Févolution francaise sur Goethe, ainsi due de la maniere dont il la jugea et dont il en tira parti pour son œuvre de romancier et de poèête.»Que la Révolution fran- çaise ait été une révolution pour moi aussi, c'est ce que tu peux bien te figurer«, écrit-il à Jacobi, le 3 mars 1790. En effet, des 1785, l'affaire du collier avait éveillé ses craintes, en lui faisant entrevoir dans la démoralisation de l'aristocratie française les dangers qui allaient fondre sur elle. L'impression avait été si forte, que sa conduite la trahit, et qu'il en parut»presque fou« à ceux qui l'observaient.(Annales 1789.) Eh bien, malgré cela, l'on ne peut pas dire que, au moment du grand éclat, Goethe en ait mesuré toute la portée. L'influence de son entourage et sa nature d'artiste, en

Gymnasium 1885. 3