Aufsatz 
Goethe et la Littérature francais
Entstehung
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notre individualité(nationale) soit formée«. Ne croit-on pas entendre Goethe dire à Eckermann:»Je dois beaucoup aux Grecs, aux Français, à Shakespeare, à Sterne, à Goldsmith, et cela n'est pas tont. Pourquoi dirais-je toutes les sources ouù j'ai puisé ma culture? Le principal est d'avoir une âme dui aime le vrai et qui l'accueille partout elle le trouve«(16 déc. 1828). Le duc de Weimar fit tout son possible pour se mettre à l'école de Goethe; mais, au fond, il resta admirateur de la tragédie française, sans doute pour les raisons que Goethe a mises dans la bouche de Wilhelm Meister, quand il loue Racine. Cette disposition du duc se manifesta surtout plus tard, lorsqu'il encouragea Goethe à faire ses traductions de Voltaire, et qu'il avoua tout haut sa grande admiration pour Crébillon le tragique.

Parmi les moyens d'information que ses relations avec les princes de Weimar et de Gotha mirent à la disposition de Goethe, pour le tenir au courant de la littérature française, il faut mettre au premier rang les Journauæ parisiens et la Correspondance de Grimm. Les premiers furent, selon l'époque, Le Journal de Paris, Le Mercure de France, La Décade philosophique, Le Journal de P'Em- pire, Les Débats, puis, du temps de la vieillesse de Goethe, Le Globe, Le Temps, La Revue française. Goethe fut, de tous temps, un grand liseur de gazettes. Cela tenait à la curiosité naturelle de son esprit, qui ne se portait pas seulement sur les livres, mais encore sur les événements, et surtout sur les grandes personnalités de l'histoire contemporaine. II avait besoin de lire, pour savoir, et de savoir, pour comprendre et tout juger avec impartialité. En 1798, il envoyait à Schiller des journaux frangçais avec ces mots:»Afln que vous voyiez dans quelle étroite communication notre cher Weimar est avec Paris«.(14 mars.) Tandis que les journaux le tenaient plus particulièrement au courant des événe- ments politiques, la Correspondance de Grimm lui apporta les nouvelles du monde littéraire français. On sait que Fréd. Melchior Grimm, d'origine wuertembergeoise, s'étant fixé à Paris comme Ministre plénipotentiaire du duc de Gotha, s'y était francisé au point de devenir écrivain français et, qui plus est, une des pluines les plus fines de France. En 1753, il avait entrepris de continuer la correspon- dance littéraire, commencée par Raynal quelques années auparavant, et destinée à tenir la cour de Gotha au courant du mouvement littéraire, philosophique et social de Paris. Il le fit avec tant de succès, que d'autres souverains désirèrent recevoir ses communications. L'on vit donc, tour à tour, la princesse de Nassau-Saarbrück, le prince George de Hesse-Darmstadt, la princesse héréditqire de Hesse- Darmstadt, le duc des Deux-Ponts, le roi de Pologne, le rci de Prusse(1763), la reine de Suède, l'impératrice de Russie(1764) et, en outre, des particuliers, payant 300 frs. par an, devenir abonnés de la»Corres- pondancec«. Elle circulait en manuscrits, copiés sur yoriginal de Grimm. Lorsqu'elle fut imprimée pour la premieère fois, de 1812 à 1814, elle remplit seize volumes. C'est le tableau le plus complet qu'on ait des moeurs et des idées, en France, dans la seconde moitié du siècle passé, jusqu'à la Révolution française. Le duc de Weimar n'était pas du nombre des abonnés; mais ses relations amicales avec la cour de Gotha, et le voisinage des deux villes, permettaient de faire passer des copies du»Journal écrit«, comme on P'appelait, de l'une à l'autre. Goethe nous a lui-meme raconté comment il fut mis à meme de lire les romans de Diderot, parus d'abord comme annexes de la Correspondance:»La Correspondance souvent citée, et encore fort estimable, au moyen de laquelle M. de Grimm tenait le reste du monde au fait des événements de sa ville de Paris, gagna encore en intéret par les onvrages nouveaux qu'elle mit en circulation. C'est ainsi que la Religieuse« et»Jacques le fataliste« arrivèrent, par fragments, à Gotha, l'on se donna la peine de les réunir et de les copier dans des cahiers, qui furent commu- niqués au cercle weimarien dont j'avais le bonheur de faire partie«(Nachträgliches zu Rameau's Neffe). Et encore:»On nous envoya, l'un apres l'autre, ces cahiers précieux, et, dans l'intervalle, nous avions le temps d'en méditer et d'en discuter le contenu; de sorte due nous nous assimilions ces choses d'une