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Azoric«. La dédicace, en donnant à Lili Schoenemann le nom de Bélinde, fait allusion à une nouvelle de Mot de Scudéry, qui aurait fait le sujet d'un entretien entre Goethe et son amie(voir l'article de Wilmanns dans Goethe-Jahrbuch I). Ce genre de composition plaisait tant à Goethe, qu'il y revint souvent, plus tard, témoins»Lila«(1777— 8),»Le Triomphe de la sensibilité«(1777),»Jéry et Baetely« (1879— 80),»La Pecheuse«(1781— 2),»Plaisanterie, Ruse et Vengeance«(1784). On peut dire que les représentations de Marchand ont inauguré le drame lyrique dans l'oeuvre de Goethe, aussi bien que dans la littérature dramatique et musicale de l'Allemagne en général.
En quittant Francfort, pour aller demeurer à Weimar(fin de 1775), Goethe passa d'un milieu bourgeois dans un monde aristocratique et princier. Vu Timpressionabilité de sa nature, ce changement devait déterminer sa manière de sentir et d'écrire pour tout le temps qu'il resterait la. En effet, nous le voyons, peu à peu, s'acclimater, et, de poète romantique, devenir poète classique.
Les rapports que Weimar, comme cour souveraine, entretenait avec l'étranger, ouvrirent à Goetue une nouvelle porte du côoté de la France. II vit meme bientôt que cette attention aux choses françaises était d'autant plus commandée, qu'elle rentrait daus la tradition du lieu, et que la duchesse douairière Amélie y tenait beaucoup. Elevée à la cour de Brunswick, par des Français, elle était tres francisée de gout et de moeurs, et depuis son mariage(1756) et, plus encore, depuis son avéne- ment à la régence du duché,(1758) elle avait exercé autour d'elle Pinfluence que lui suggérait son éducation: Elle avait fait de Weimar le séjour des Muses, en y appelant des savants, des artistes, des écrivains et des étrangers distingués. Un de ces derniers, un Français, Anse de Villoison, qui était son pro- fesseur de grec, a fait d'elle un éloge qui rappelle un peu les adulations dont Louis XIV était Pobjet de la part de ses poètes de cour:»Rien, dit-il, n'égale son génie! Elle connait les littératures française, allemande, anglaise et italienne; elle aà des connaissances étonnantes dans la physique et la mathématique«. Wieland, que la duchesse avait fait venir quelques années avant l'arrivée de Goethe, représentait, par la nature et le style de ses ouvrages, le gout de cette société weimarienne; le»Mer- cure allemand« qu'il rédigeait en était l'organe. Mais le tableau le plus vivant que nous en ayons est celui que Goethe en a tracé dans son roman de Wilhelm Meister«. En meme temps, nous y voyons dans quels rapports il se mit avec elle. L'engouement pour les usages et, en particulier, pour les lettres françaises y est personnifié dans le Prince:»On ayait dit à Wilhelm de ne pas manquer de louer l'auteur favori du prince, Racine, afin de gagner ses bonnes grâces... Le prince lui ayant demandé, s'il lisait bien assiduament les grands écrivains dramatiques français, Wilhelm lui répondit par un oui très énergique.. Je comprends, dit Wilhelm, que des personnes de qualité estiment un poète tel que Racine, qui peint si bien les hommes et les choses de leur rang. Corneille a, si je puis m'exprimer ainsi, représenté de grands hommes et Racine de grands personnages.— N'avez-vous donc jamais lu une pièce de Shakespeare? dit Jarno, en prenant Wilhelm à part.— Non, répondit Wil- helm, je ne suis pas même curieux de les lire, puisqu'on dit qu'elles pèchent contre la vraisemblance et la bienséance....A peine Wilhelm eut-il lu quelques pièces de Shakespeare, que l'effet fut tel, qu'il ne put continuer. Ce sont les œuvres d'un génie céleste qui s'approche des mortels!« On le voit, Wilhelm, c'est Goethe qui, tout en ménageant les préjugés de son entourage, finit pourtant par dire son opinion avec tout le feu de l'admiration, et presque dans les memes termes employés dans son discours à l'adresse de la société strasbourgeoise. Mais c'est aussi Goethe, un Goethe plus muri que celui de Strasbourg, qui, par la bouche de Wilhelm, répond à Amélie, qui a dit qu'elle haissait le français:»Comment peut-on hair une langue à laquelle on doit la plus grande partie de son édu- cation et à laquelle nous(Allemands) serons sans doute encore redevables de beaucoup, jusqu'à ce que


