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peu ébranler celui dont Kestner disait, à la meme époque:»In principiis, il hésite, et ne fait encore que chercher un certain système«.
La correspondance de Goethe, de 1771 à 1775, garde un silence presque absolu sur les reprè- sentations théatrales auxquelles il assista alors; et pourtant il faut admettre qu'elles n'ont pas manqué de faire impression sur lui et de déterminer, en une certaine mesure, la forme dramatique des pièces qu'il composa, à cette époque, en vue de la scène. Or, nous savons, d'autre source, que les pièces de théatre, jouées alors par la troupe de Louis Marchand, étaient, en grande partie, tirées du répertoire français, tant les comédies que les drames et les opéras. Dans une courte revue rétrospective, faite beaucoup plus tard, sur l'opéra de la fin du 18me siècle, Gocthe nomme Marchand comme celui qni donna le premier essor au drame lyrique en Allemagne,(Sur la langue et la littérature allemandes 1817) et il cite comme pièces de son répertoire:»La Laitière coquette«,»les Chasseurs«,»la Belle et le Monstre«. Louis Marchand avait été à Paris, où il avait vu jouer Aufresne. Outre les pièces citées, il donna encore, à Francfort, en fait d'opéras,»Le Déserteur«, dont le texte est de Sedaine et la musique de Mon- signy,»Rose et Colin« du meme compositeur,»Le Devin du village« par Rousseau,»LAmi de la maison« par Grétry; en fait de comédies et de drames,»Le Père de famille« de Diderot,»Eugénie« par Beaumar- chais,»La jeune Indienne« par Chamfort,»Le Marchand de drap de Londres« de Favart,»Le Déserteur« par Mercier et plusieurs pièces de Destouches.(Voir E. Mentzel, Geschichte der Schauspielkunst zu Frankfurt a. M.) Un tel répertoire était bien plus du goùt du public que les drames de Shakespeare, quelque grand cas qu'en fit la critique. Goethe lui-meme, lorsqu'il sortit de la théorie, pour peindre la vie, et surtout ses propres expériences, adopta ces memes formes populaires du drame et de la comédie lyrique.
Sans doute que l'attention de Goethe s'était portée, depuis quelque temps déjà, sur Begqumarchdis, qui était alors le champion le plus zélé de la rénovation du drame en France. Bien que ses chefs- d'oeuvre n'eussent pas encore paru, les deux pièces qu'il avait données,»Eugénie«(1767) et»Les deuæ Amis«(1770)5 avaient fait sensation, et Goethe les avait lues, peut-eêtre même vues sur la scéne. Lorsque parurent les»Mémoires« de Beaumarchais, ces plaidoyers éloquents dans le procès que lui avait intenté le conseiller Goezmann, Goethe en fut charmé, et lorsque, dans le quatrième de ces Mémoires, qui parut en janvier 1774, il trouva un épisode dramatique propre à exprimer des senti- ments qu'il éprouvait, dans une situation qui n'était pas sans analogie avec celle du héros, il s'en empara et en fit son drame de»Clavigo«.»Dans mon Clavigo j'ai emprunté des passages entiers aux Mémoires de Beaumarchais«(Eckermann, Convers. avril 1829). En effet, le deuxième acte contient des scènes littéralement traduites de l'original. Il y eut des contemporains qui pensérent que la piéce ne valait pas l'original:»Celui qui a lu les Mémoires de Beaumarchais n'aura pas le meme plaisir à lire la tragédie de Clavigo. Pourtant la piece se vend comme du pain«.(Deinet, 7 nov. 1775.) Pour la forme, cette pièce est selon les principes exposés par Beaumarchais dans la préface de son „»Eugénie«, ceux du drame sérieuæ écrit en prose. Goethe les connaissait déja, par l'exemple de Lessing et par' Essai sur T'art dramatique« de Mercier(1773). L'autre drame de cette époque qui rappelle ce meme genre français, est»Sfella«(1775). La première version se terminait par une réconciliation sentimentale, qui avait valu à la pièce le second titre de»Drame pour Amants«; comme telle, elle n'stait pas sans parenté avec les comédies de La Chaussée. Dans les deux petites pièces lyriques (Singspiele)» Erwin et Elmire«, et»Claudine de Villabellac, nous retrouvons une imitation des comédies lyriques, d'origine française, qui étaient la spécialité de la troupe Marchand. Goethe avait, déjà comme enfant, admiré ce genre dans»le Devin du village« et les piêces de Favart. Une des chansons d'» Erwin et Elmire« est, parait-il(voir E. Mentzel), prise de l'opéra de Marmontel appelé»Zémire et


